En bref
- Donner regrettait l’effet de Superman sur Reeve
- Le succès a figé l’acteur dans une image
- Reeve a pourtant construit un héritage durable
Le paradoxe est cruel. Le film qui a servi de matrice au cinéma de super-héros moderne aurait aussi, aux yeux de Richard Donner, bridé la carrière de Christopher Reeve.
Le film qui a ouvert une ère, puis fermé une porte
Aujourd’hui, on vit au rythme des capes et des univers partagés. À la fin des années 1970, ce n’était pas du tout la même histoire. Warner Bros. devait vendre deux choses à la fois, un film tiré d’un comic book, et un acteur presque inconnu censé faire croire au public que Superman pouvait exister.
Le pari a marché, et même au-delà. Le film de 1978 est devenu un modèle, autant pour sa mise en scène que pour sa campagne, portée par la promesse « vous croirez qu’un homme peut voler ». Malgré les incarnations plus récentes du héros, de Zack Snyder à James Gunn, la performance de Reeve reste, pour beaucoup, l’étalon du personnage. Mais ce triomphe avait un prix.
Pourquoi Donner avait misé sur un inconnu
À l’époque, Christopher Reeve n’avait quasiment pas de profil public. Diplômé de Juilliard, il avait bien tourné dans Gray Lady Down, sorti lui aussi en 1978, mais son parcours tenait surtout à la scène.
C’est là que Richard Donner l’avait repéré, dans une pièce montée off-Broadway, ou dans le Village selon son souvenir. Le réalisateur racontait l’avoir vu jouer deux personnages, lui-même et son grand-père, et le décrivait comme un acteur merveilleux, avec du charme. Bref, pas seulement un physique de héros. Quelqu’un qui abordait ce rôle comme un vrai travail d’acteur.
Donner voyait un vrai premier rôle coincé dans une icône
Des années plus tard, dans l’émission Life After Movies, Donner revenait sur ce qu’il considérait comme le revers de ce casting. Il expliquait qu’il avait été très difficile pour Reeve de se détacher de Superman, parce que le public, et parfois l’industrie, le ramenaient toujours à Clark Kent ou à l’homme d’acier.
Et sa phrase la plus dure est aussi la plus parlante. Donner disait en substance que, sans Superman, il croyait vraiment que Reeve aurait mené une carrière de premier plan. Il rejetait l’idée d’une malédiction, mais reconnaissait un mécanisme bien réel, ces acteurs enfermés dans une image et comparés à elle toute leur vie. C’est un vieux problème à Hollywood, simplement plus visible quand le costume devient plus grand que l’homme.
Reeve n’a pourtant jamais laissé le rôle le définir entièrement
Le documentaire Super/Man montre bien que l’après-Superman n’a pas été simple. Avant même l’accident de cheval qui l’a paralysé à partir du cou, Reeve butait déjà sur cette difficulté à, selon ses propres mots, « échapper à la cape ».
Mais il y a autre chose, quand même. Donner pouvait regretter les conséquences de ce rôle, Reeve, lui, n’a jamais laissé ce blocage devenir toute son histoire. La source de sa légende n’est pas seulement d’avoir lancé l’imaginaire d’une génération. C’est aussi d’avoir montré, bien après le succès, qu’un acteur peut rester plus grand que le personnage qui l’a rendu célèbre.