En bref
- Snake Eyes devait parler à la fin
- Larry Hama a bloqué l’idée
- Le malentendu Hollywood reste entier
Faire parler Snake Eyes, c’était l’idée. Une seule réplique, à la toute fin de G.I. Joe: The Rise of Cobra, pensée comme une blague par l’équipe du film. Et franchement, il y a peu de moyens plus efficaces de résumer le problème de G.I. Joe au cinéma.
Une blague de fin qui visait le pire personnage possible
En 2009, le producteur Lorenzo di Bonaventura expliquait à MTV que le Snake Eyes joué par Ray Park devait prononcer une ligne de dialogue dans le final. L’idée a finalement été abandonnée grâce à Larry Hama, consultant créatif sur le film, scénariste historique du comic G.I. Joe: A Real American Hero et, en gros, véritable architecte spirituel de la franchise.
Di Bonaventura se souvenait que Hama leur avait dit, en substance, qu’ils ne pouvaient pas faire parler Snake Eyes, quoi qu’ils en pensent. Vu le nombre de choix déjà discutables de The Rise of Cobra, notamment autour de la Baronne incarnée par Sienna Miller, cette idée aurait probablement été le plus mauvais signal possible.
Pourquoi ce silence compte autant dans l’histoire de G.I. Joe
Le silence de Snake Eyes n’est pas un gadget cool, ni un simple tic d’écriture. Dans la plupart des versions, il ne peut littéralement pas parler à cause de blessures de guerre. Le film de 2009 modifie déjà cela en expliquant son mutisme par un vœu de silence après le meurtre de son sensei, ce qui ressemble presque à une porte laissée entrouverte pour le faire parler plus tard.
Mais le personnage a été construit contre cette logique. Quand Hasbro relance G.I. Joe avec l’aide de Marvel Comics, Larry Hama recycle un projet militaire baptisé Fury Force. Il façonne alors les personnages du comic et des jouets. Vétéran du Vietnam, il apporte une authenticité rare à la série, qu’il écrira presque entièrement sur 155 numéros.
Surtout, Snake Eyes part d’une feuille blanche. Un masque, pas de vrai nom révélé, presque rien. Hama remplit ce vide petit à petit, sans casser le mystère. Même quand ses origines arrivent dans les numéros 26 et 27, son visage reste caché, son nom absent, sa voix aussi.
Le cinéma n’a jamais su quoi faire de G.I. Joe
C’est là que le contraste pique. Le numéro 21 du comic, Silent Interlude, l’épisode le plus célèbre de la série, repose entièrement sur ce silence. Snake Eyes infiltre une forteresse de Cobra pour sauver Scarlett, sans dialogue. Ce numéro fixe aussi son lien avec Scarlett et introduit Storm Shadow, joué plus tard par Lee Byung-hun.
Le plus intéressant, c’est que Hama, par sa culture japonaise, donne aussi une vraie épaisseur à Storm Shadow et transforme Snake Eyes en ninja autant qu’en commando. Un héros dont les actes parlent à sa place. Hollywood, lui, revient toujours à la même tentation, enlever le masque, faire parler, simplifier.
Et ce n’est pas un accident isolé. Entre le film animé de 1987, The Rise of Cobra en 2009, Retaliation en 2013, Snake Eyes en 2021 et même le clin d’œil à un crossover avec Transformers dans Transformers: Rise of the Beasts en 2023, la franchise n’a jamais vraiment décollé. Le film de 2021 le prouvait encore, avec un Snake Eyes incarné par Henry Golding, souvent sans masque et très bavard. Le casting asiatique, lui, ne dérangeait pas Hama. Comme quoi le souci n’a jamais été la modernisation, mais la lecture du personnage.