En bref
- The Odyssey cartonne contre la tendance du genre
- Le pari fantasy était risqué pour Nolan
- L’immersion prime sur les explications
La surprise n’est pas que Christopher Nolan signe un succès. La surprise, c’est qu’il le fasse avec une fantasy épique, un terrain où les gros budgets se cassent les dents depuis des années.
Une anomalie dans un genre qui patinait
On l’a encore vu récemment. Le reboot de Masters of the Universe s’est planté au box-office, alors que Dungeons et Dragons: Honor Among Thieves, sorti en 2023, n’a pas trouvé son public non plus. C’est d’autant plus frappant que ce dernier arrivait dans un moment favorable pour la licence, entre Stranger Things 4 et Baldur’s Gate 3.
Et le problème ne date pas d’hier. Ben-Hur, en 2016, a coûté plus de 100 millions de dollars, soit environ 92 millions d’euros, pour rapporter moins de 95 millions de dollars, environ 87 millions d’euros. Exodus: Gods et Kings, réalisé par Ridley Scott en 2014, a englouti presque 200 millions de dollars, autour de 184 millions d’euros, et n’a récupéré que 268 millions de dollars, environ 247 millions d’euros. Même constat pour Gods of Egypt, qui a coûté 140 millions de dollars, environ 129 millions d’euros, et n’a rapporté que 140 millions de dollars, là encore autour de 129 millions d’euros.
Le vrai risque pour Nolan n’était pas celui qu’on croit
Après Oppenheimer, on pouvait croire Nolan intouchable. Après tout, transformer la vie d’un physicien en carton milliardaire, ce n’est déjà pas banal. Mais adapter The Odyssey pour le grand public, c’était une autre affaire.
Ses films précédents, de la trilogie The Dark Knight à Interstellar, en passant par Inception et The Prestige, reposaient sur des idées extrêmes, oui, mais toujours rattachées à une base scientifique, même théorique. Ici, il faut faire accepter un cyclope, des sirènes et des dieux très concrets. Sans notice d’utilisation.
Ce que le film comprend du public mainstream
C’est là que le film fait la différence. The Odyssey plonge le spectateur dans son monde pendant trois heures et avance sans s’arrêter pour justifier chaque élément de lore ou chaque règle d’univers.
Bon, ce choix peut sembler brutal sur le papier. Au cinéma, il est souvent plus efficace. Comme ses grands films de science-fiction, Nolan part du principe que le public peut suivre. Cette confiance, très concrète dans la mise en scène, donne une sensation d’immersion que beaucoup de concurrents cassent avec trop d’exposition et de world-building.
Le casting aide, mais il n’explique pas tout
Le film aligne bien Matt Damon, Zendaya, Tom Holland ou Anne Hathaway. Mais ce n’est pas un argument suffisant. D’autres productions du même registre avaient aussi de quoi attirer, avec Gerard Butler, Chadwick Boseman, Sigourney Weaver, Alison Brie, Chris Pine et même Christian Bale.
Résultat, le succès de The Odyssey raconte quelque chose de plus large. Le public ne fuit pas la fantasy en soi. Il rejette surtout les films qui s’expliquent trop, ou qui confondent ampleur et pesanteur. Et pour le grand spectacle des prochaines années, ce n’est pas un détail.