Le multivers de Marvel patine, et Doctor Who l’avait compris avant

Image d'illustration. Doctor WhoADN
Bien avant le MCU, Doctor Who avait trouvé une vraie utilité au multivers. Pas comme gadget nostalgique, mais comme moteur dramatique.
En bref
- Le MCU recycle surtout la nostalgie
- Doctor Who utilisait déjà le multivers en 1970
- Inferno change vraiment son héros
Le problème du multivers, ce n’est pas l’idée. C’est ce qu’on en fait. Côté Marvel, la promesse de départ tournait autour des variantes, ces versions alternatives de héros et de méchants dont les trajectoires avaient bifurqué, une piste visible dès Avengers: Endgame avec ses deux Captain America face à face.
Chez Marvel, le multivers a changé de fonction
Avec le temps, le MCU a glissé vers autre chose. Le multivers sert surtout de porte d’entrée pour faire revenir des figures déjà connues, venues de films et séries qui n’appartenaient pas au canon initial. Avengers: Doomsday pousse cette logique jusqu’au bout, avec les anciens X-Men de Fox aux côtés des Avengers du MCU.
On comprend pourquoi. Les premières idées reposaient beaucoup sur Jonathan Majors et sur Kang le Conquérant, sans vraiment convaincre. À l’inverse, la nostalgie a déjà prouvé sa force au box-office avec Spider-Man: No Way Home puis Deadpool et Wolverine. Du coup, Avengers: Doomsday ressemble à un pari très sûr pour devenir l’un des gros succès de l’année.
Inferno, quand Doctor Who donnait un sens au monde parallèle
Bien avant ça, Doctor Who avait pris le multivers par un angle plus malin, presque par accident. En 1970, le scénariste Don Houghton propose Inferno, une intrigue inspirée du projet réel Project Mohole, cette tentative de forage de la croûte terrestre abandonnée sur fond de mystérieux problèmes de sécurité. Son idée initiale tient sur quatre épisodes. La série en voulait sept.
La solution a tout changé. Le Troisième Docteur, joué par Jon Pertwee, alors exilé sur Terre après une régénération forcée, se retrouve projeté par une expérience ratée du TARDIS dans un univers alternatif. Là, Liz Shaw et le Brigadier Lethbridge-Stewart, incarnés par Caroline John et Nicholas Courtney, existent dans une société fasciste aux accents nazis. Et le projet Inferno y mène à la fin du monde.
Le plus intéressant est ailleurs. Cet autre monde n’est pas juste un décor dystopique, à la façon de l’univers miroir de Star Trek. Il sert d’avertissement. Le Docteur en revient transformé, avec une compréhension concrète des enjeux qui lui permet d’empêcher la catastrophe dans sa propre ligne temporelle.
Le vrai twist est arrivé bien plus tard
En 1991, le roman Timewyrm: Revelation de Paul Cornell remet une pièce dans la machine. Après l’annulation de Doctor Who en 1989, l’histoire continue chez Virgin dans la gamme New Adventures. Cette fois, le Septième Docteur affronte l’entité Timewyrm, plonge dans son propre esprit, croise des projections psychiques de ses anciennes incarnations et découvre quelque chose de plus sombre.
Le Troisième Docteur comprend alors qu’il existait bien dans la chronologie d’Inferno. Il y avait vu la photo du véritable dirigeant de cette Grande-Bretagne fasciste, une forme que les Time Lords avaient tenté de lui imposer avant son exil. Ce monde n’était donc pas celui d’une Terre sans Docteur, mais celui d’un Docteur exilé, dévié, presque façonné à la manière du Master. Résultat, un miroir bien plus troublant que le simple fan service.
Pourquoi cette vieille idée tient mieux que celle du MCU
C’est là que la comparaison pique un peu. Même quand Doctor Who réutilise Inferno par nostalgie, il en tire un poids dramatique et moral. Chez Marvel, l’exploration du multivers ne démarre vraiment qu’en 2019, et elle sert souvent à reconnecter des franchises. Chez Doctor Who, quarante-huit ans plus tôt, elle servait déjà à révéler un personnage à lui-même. Et ça, clairement, ça vieillit mieux.