Avec Send Help, Sam Raimi rejoue Triangle of Sadness en pire

Le nouveau film de Sam Raimi transforme un crash en satire sociale venimeuse. Et son île rappelle franchement un récent film oscarisé.

Send Help
Send Help d'illustration. Send help — 20th Century Studios / PR-ADN

En bref

  • Sam Raimi signe une satire de survie très noire
  • Le film rappelle fortement Triangle of Sadness
  • Le rapport patron-employée y bascule complètement

Impossible de voir Send Help sans penser à Triangle of Sadness. Le nouveau film de Sam Raimi reprend ce même plaisir cruel, voir des rapports sociaux très solides sur terre ferme se dissoudre dès qu’il faut juste manger, tenir debout et survivre.

Un air très familier, version Sam Raimi

Le point commun saute aux yeux. Dans Triangle of Sadness, film de Ruben Östlund récompensé aux Oscars, des privilégiés échouaient sur une île et devenaient soudain incapables de répondre aux besoins les plus simples. Ceux qu’on regardait de haut prenaient alors la main, comme Abigail, employée chargée des toilettes sur un yacht.

Avec Send Help, Sam Raimi repart du même moteur, mais en le tirant vers le thriller horrifique. Le film ressemble à une relecture plus grinçante, plus nerveuse aussi, de cette même idée, le pouvoir ne tient que tant que le décor social tient encore.

Sur l’île, le bureau ne vaut plus rien

Ici, tout part d’un voyage professionnel qui vire au crash. Linda Liddle, jouée par Rachel McAdams, travaille dans la stratégie d’une grande entreprise. Employée dévouée, mais invisible. L’avion s’abîme en mer et elle se retrouve sur une île déserte avec son nouveau PDG, Bradley, incarné par Dylan O’Brien.

Et le contraste est assez mordant. Hors du bureau, les réflexes de réseau, le statut et même le golf de Bradley ne servent plus à rien. Linda, elle, adore les émissions de survie et sait faire ce qu’il faut. Résultat, la hiérarchie s’effondre. Celle qu’on n’écoutait jamais devient la seule personne vraiment utile.

Le pouvoir change de camp, puis dérape

Ce basculement, c’est le cœur du film. Linda prend enfin de la place face à l’homme qui la rabaissait, pendant que Bradley s’enfonce dans ses blessures et ses limites. Mais Send Help ne reste pas dans la simple revanche sociale.

Le film pousse plus loin, jusqu’à une idée franchement plus sombre, préserver ce nouveau pouvoir, quitte à envisager l’irréparable. C’est là que le parallèle avec Abigail dans Triangle of Sadness devient encore plus net. L’émancipation existe, mais elle se trouble vite au contact de la violence.

Une satire qui insiste lourdement sur le corps

Il y a aussi ce détail, quand même, qui relie encore les deux films, leur goût pour le grotesque physique. Send Help aligne les gags noirs, fait monter la tension et multiplie les vomissements, presque avec insistance.

Le décor de l’île devient alors un vrai laboratoire social, fermé, brutal, un peu absurde. Sam Raimi y rejoue le motif du naufrage pour rappeler une chose très simple, les apparences coulent vite, les compétences réelles flottent un peu mieux.

Vos questions, nos réponses

Pourquoi le film est-il comparé à Triangle of Sadness ?

Parce que les deux récits reposent sur la même mécanique, des personnages issus d’un ordre social très hiérarchisé échouent sur une île, et ce sont les compétences pratiques qui remplacent l’argent ou le statut. La différence tient surtout au ton, Send Help pousse davantage vers l’horreur et la tension.

Quel est le rôle de Linda Liddle dans cette histoire ?

Linda incarne la personne qu’on ne voit pas dans l’entreprise, compétente mais reléguée. Une fois isolée avec son patron, ce qu’elle sait faire devient central. Le film utilise ce renversement pour transformer une employée effacée en figure dominante.

Le film parle-t-il surtout de survie ou surtout de satire sociale ?

Des deux, justement. La survie sert de test grandeur nature, presque d’expérience forcée, pour mesurer ce qui reste des privilèges quand tout le décor du bureau disparaît. C’est là que la satire sociale prend sa force.

Qu’est-ce qui rend cette version plus sombre ?

Le film ne s’arrête pas au plaisir de voir un puissant perdre ses repères. Il explore aussi la tentation de conserver ce nouvel équilibre par la force. Cette glissade donne au récit une vraie dimension de thriller, bien plus menaçante que la seule moquerie sociale.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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