En bref
- Sony a annulé Spider-Man 4 en 2010
- Sam Raimi n’avait pas le script voulu
- Depuis, la saga live action cherche encore sa voie
L’annulation de Spider-Man 4 en 2010 a fait plus que supprimer une suite. Elle a laissé Sony sans vraie ligne claire pour Spider-Man au cinéma, hors animation. Et quand on regarde le chemin pris depuis, du reboot précipité à la nostalgie de No Way Home, le manque se voit encore.
Une rupture créative, mais sous contrainte
Après l’accueil tiède de Spider-Man 3, Sam Raimi ne voulait pas rempiler pour livrer un film moyen. Il expliquait à Vulture qu’il n’avait pas réussi à verrouiller un scénario assez bon dans les délais et qu’il avait donc dit à Sony qu’il valait mieux ne pas faire un film inférieur à ses ambitions.
Ce détail compte. Raimi précisait aussi que le studio préparait déjà un reboot. Au même moment, Sony annonçait d’ailleurs qu’un nouveau Peter Parker, plus jeune, arriverait en 2012. Ce sera The Amazing Spider-Man avec Andrew Garfield. Pourquoi ne pas avoir simplement repoussé le projet ? Parce que l’accord autour des droits oblige Sony à produire régulièrement des films Spider-Man. Résultat, peu de marge pour attendre.
Le film existait, sans être vraiment trouvé
On sait quand même une chose solide sur ce Spider-Man 4, le grand méchant devait être le Vautour. John Malkovich avait été choisi, et les visuels partagés plus tard par le concept artist Jeffrey Henderson montraient une version pensée pour être beaucoup plus intimidante que le vieux vilain en costume vert qu’on imagine vite.
Mais autour de ça, le récit flottait encore. Henderson a raconté que l’histoire n’avait jamais été totalement figée. Parmi les pistes envisagées, la fille du Vautour devait diriger l’entreprise qui rachète le Daily Bugle, avec au passage une intrigue sur la transformation du paysage médiatique pour J. Jonah Jameson. Puis cette fille aurait récupéré l’équipement de son père pour devenir la Vulturess. Pas absurde, mais on voit aussi le problème, ça ressemble beaucoup à la trajectoire de Harry Osborn dans la première trilogie.
Le reboot Amazing a payé l’addition
Le vrai souci, c’est le timing. En 2010, ni le multivers ni les univers partagés n’étaient des béquilles évidentes. Couper net la version Raimi de Peter Parker rendait forcément l’acceptation du nouveau départ plus compliquée.
Des mails révélés autour de The Amazing Spider-Man 2 montrent d’ailleurs que l’ex-président de Marvel, Alan Fine, jugeait déjà risqué d’effacer la place de la trilogie d’origine dans l’esprit du public. Et le premier Amazing traînait un autre problème, son marketing promettait une histoire inédite, alors que le film ressemblait souvent à une version affaiblie de l’origine racontée dix ans plus tôt. Avec, en plus, une sous-intrigue coupée sur Richard Parker et l’ADN de Peter qui laissait une impression de film inachevé.
Depuis, le live action revient toujours à Raimi
La trilogie de Sam Raimi a défini l’image moderne de Spider-Man pour une génération entière. Son élan romantique, son sens du grand spectacle, jusqu’à la manière de filmer le web-swinging dans New York, tout ça a servi de modèle. Et, parfois, de poids.
The Amazing Spider-Man 2 a tenté trop de choses à la fois. Puis Sony a fini par s’adosser à Marvel Studios avec la version Tom Holland, mieux reçue, mais qui ressemblait aussi à un aveu. Bon, le carton de Spider-Man: No Way Home l’a confirmé, faire revenir Tobey Maguire, Willem Dafoe et Alfred Molina valait presque reconnaissance officielle de la dette. Le plus ironique, c’est que ce retour n’a pas clos la boucle. Il a surtout rappelé qu’entre Mary Jane absente et une fin jamais tournée, la saga Raimi n’a toujours pas eu son vrai dernier chapitre.