En bref
- La promo de Doomsday met surtout les hommes devant
- Les héroïnes sont traitées comme des surprises
- Le problème touche aussi la logique du récit
Le paradoxe est assez net. Avengers: Doomsday doit être le grand point de rencontre de la saga du multivers, avec Secret Wars dans le viseur, et pourtant sa promotion renvoie une image très ancienne de Marvel, celle d’un univers où les héroïnes restent sur le bord du cadre.
Le crossover ultime, mais pas pour tout le monde
Sur le papier, il y a de quoi être curieux. Le film doit réunir les X-Men et les Avengers, avec au passage un virage important, Marvel ayant dû abandonner Kang le Conquérant pour basculer vers le Doctor Doom de Robert Downey Jr.. Ce choix paraît même plus logique au regard des comics.
Mais un détail saute aux yeux. Le premier concept art montrait 20 héros masculins pour seulement 5 femmes. Pour une franchise qui existe depuis dix-huit ans, et qui va puiser dans le réservoir des X-Men, c’est maigre. Surtout quand on pense à des figures comme Storm ou Jean Grey, absentes de l’image. Le cas de Rogue se discute autrement, la reprise du rôle par Anna Paquin semblant compliquée pour des raisons de santé.
Quand les héroïnes deviennent de simples surprises
Au San Diego Comic-Con, une interview accordée à Entertainment Weekly a encore renforcé cette impression. Les journalistes ont insisté sur des personnages non confirmés, ou donnés absents, et tous les noms cités suivaient le même schéma, Jean Grey, Storm, Rogue, puis Captain Marvel et Scarlet Witch.
Les frères Russo ont répondu qu’il y avait « toujours des surprises ». Le souci, il est là. Les surprises, ce sont les femmes. Les hommes, eux, occupent déjà le centre de l’affiche. En gros, la communication vend leur histoire avant celle des autres.
Un vieux réflexe que Marvel n’a jamais totalement réglé
Ce n’est pas une anomalie tombée du ciel. Au lancement du MCU en 2008, l’équipe dirigeante estimait que le public ne voulait pas vraiment de super-héroïnes. Ike Perlmutter a longtemps freiné ce mouvement, et Black Widow n’a obtenu son film qu’après la mort du personnage.
Après 2016, avec plus de marge pour Kevin Feige, les choses ont semblé bouger. Captain Marvel a dépassé le milliard, Black Panther aussi, et la Wasp a pris davantage de place dans Ant-Man. Franchement, les signaux étaient bons.
Le plus gênant, c’est que l’intrigue elle-même y perd
Puis Marvel a multiplié les sorties, avec une écriture plus fragile et des effets visuels souvent inachevés. La marque s’est diluée au moment même où le boom super-héroïque ralentissait. Et dans ce contexte, la diversité est devenue, pour une partie du débat culturel, un terrain de backlash. Même les comics ont ressorti les Swimsuit Specials, ce qui dit pas mal de l’air du temps.
Résultat, Doomsday semble reléguer ses héroïnes au rang d’options. Le cas de Spectrum est le plus étrange. Teyonah Parris a laissé entendre que le personnage pourrait ne pas être dans le film, alors que la scène post-générique de The Marvels l’envoyait justement sur la ligne temporelle des X-Men. Narrativement, c’était un pont évident vers la collision multiverselle.
Et c’est là que ça devient important. Les premiers Avengers, c’était une femme pour six membres. Dix-huit ans plus tard, la promo de Marvel Studios suggère à peine une femme pour cinq. Pour un film censé célébrer tout ce qui a été construit, le compte n’y est quand même pas. La vraie question, maintenant, dépasse Doomsday lui-même, elle concerne la version du futur que Marvel veut encore mettre en avant.