Sorcières au cinéma : ces 3 films collent au réel bien plus qu’attendu

Entre archives judiciaires, panique puritaine et rituels occultes documentés, trois films de sorcellerie surprennent par leur fidélité au réel.

The Witch
The Witch — Parts and Labor / PR-ADN

En bref

  • Trois films traitent la sorcellerie avec vraie base historique
  • The Witch puise dans journaux et archives judiciaires
  • A Dark Song suit un rituel occultiste documenté

Le cinéma adore les sorcières, mais il les invente souvent plus qu’il ne les observe. C’est là que ces trois films dévient de la route. Ils gardent la grammaire de l’horreur, oui, tout en s’appuyant sur des éléments très concrets, des archives, des personnages réels ou des pratiques réellement décrites.

La précision absolue n’existe pas vraiment au cinéma. Il faut du rythme, des arcs, des images. Mais quand un film cesse de bricoler des covens de carte postale et retourne aux textes, aux journaux et aux dossiers d’époque, le résultat change. On ne regarde plus seulement une fable, on voit aussi comment la peur s’est fabriquée socialement.

The Witch, la peur puritaine au plus près des textes

Avec The Witch, Robert Eggers a passé près de quatre ans à préparer son premier long métrage. Historiens, musées, visites répétées à Plimoth Plantation, tout concourt à reconstituer la Nouvelle-Angleterre puritaine des années 1630 avec un soin presque maniaque, jusque dans l’apparence des bâtiments.

Le film suit une famille menée par William et Katherine, bannie de sa plantation et repoussée à l’orée de la forêt avec ses enfants, dont Thomasin et Caleb. Quand un nourrisson disparaît et que les récoltes échouent, le soupçon de sorcellerie fissure tout.

Le plus fort est ailleurs. Eggers a écrit les dialogues en anglais moderne précoce en piochant directement dans les journaux de Samuel Sewall et John Winthrop, mais aussi dans des pamphlets sur les sorcières et des archives de procès. Le carton final du film l’assume, et pour une fois ce n’est pas un vernis marketing.

Witchfinder General, la chasse aux sorcières comme outil de terreur

Bien avant les relectures contemporaines, Michael Reeves filmait déjà la violence nue des persécutions. Son Witchfinder General met en scène Matthew Hopkins, avocat bien réel du Suffolk, qui lance en 1644 sa campagne avec John Stearne pendant la guerre civile anglaise.

Le détail compte. Hopkins s’attribuait une autorité parlementaire qu’il n’avait pas. Les aveux étaient arrachés par privation de sommeil ou par le swimming test, cette épreuve où l’on attachait l’accusé avant de le jeter à l’eau. S’il flottait, il était jugé coupable. Et les victimes, surtout des femmes, subissaient aussi torture et meurtre.

Les estimations évoquent environ 230 morts entre 1644 et 1647, parfois jusqu’à 300. Le film adapte un roman de Ronald Bassett qui ajoute des personnages fictifs, comme Sara et le soldat Richard Marshall, mais il conserve notamment le destin de John Lowes, vieux pasteur du Suffolk exécuté sur ordre de Hopkins.

A Dark Song, la magie comme épreuve physique

Là, le réalisme ne passe pas par un tribunal, mais par un rituel. Dans A Dark Song, Sophia Howard, mère endeuillée, s’enferme dans une maison isolée du pays de Galles avec l’occultiste Joseph Solomon pour tenter de contacter son fils mort.

Le film reprend de très près l’opération d’Abramelin, décrite dans le Book of Abramelin, attribué à Abraham of Worms et traduit en anglais en 1897 par S.

L. MacGregor Mathers. Jeûne, prières, abstinence, isolement, frontière scellée qu’on ne franchit pas avant la fin, tout y est. Le but aussi, la rencontre avec le Holy Guardian Angel, tentative documentée chez certains occultistes, dont Aleister Crowley.

Et c’est sans doute ce qui rend le film si troublant. Pas la magie instantanée des films paresseux, mais l’usure, l’attente, l’idée qu’un rituel puisse ressembler à une procédure. Pour le cinéma de sorcellerie, ce n’est pas rien. Cela rappelle surtout qu’entre folklore, religion et pouvoir, le genre parle souvent d’histoire avant de parler de monstres.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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