En bref
- Cinq films bizarres, mais jamais gratuits
- Le malaise sert toujours une idée
- Eraserhead est le plus radical
On a tous vu des films étranges qui confondent obscurité et profondeur. Ici, ce n’est pas le cas. La sélection réunit cinq œuvres très bien reçues qui poussent le malaise loin, parfois très loin, mais avec une vraie logique interne.
Quand l’étrange a enfin une fonction
Le point commun de ces films, c’est qu’ils ne cherchent pas seulement à désorienter. Ils avancent comme une vis qui se resserre, scène après scène, jusqu’à vous laisser avec des images impossibles à décrocher. Pas forcément des films accessibles, clairement, ni des expériences faites pour tout le monde. Mais leur réputation ne repose pas sur un simple vernis arty.
Ce contraste est intéressant. Beaucoup de spectateurs en sortent secoués, alors même qu’une partie de la critique les place très haut. L’idée, en gros, est simple : l’inconfort devient ici un langage.
Paranoïa, écrans et perception qui déraille
Avec Pi, Darren Aronofsky signait déjà une obsession très pure. Max Cohen, mathématicien brillant incarné par Sean Gullette, pense avoir trouvé une suite de nombres capable d’expliquer la Bourse, peut-être même l’univers. Le film fonctionne parce qu’il ne tranche jamais vraiment : génie incompris ou homme qui perd pied ? Son noir et blanc, son montage frénétique et son design sonore abrasif donnent l’impression d’être enfermé dans son crâne.
Chez Videodrome, David Cronenberg déplace ce vertige vers l’écran. Max Renn, joué par James Woods, tombe sur une diffusion clandestine ultra-violente qui finit par altérer son esprit et son corps. Derrière le body horror, le film parle surtout de notre appétit pour les images extrêmes et d’une technologie qui cesse d’être un outil pour commencer à modeler le réel. Vu aujourd’hui, c’est difficile de ne pas y voir quelque chose de très actuel.
L’isolement et le couple comme machines à chaos
The Lighthouse repose sur presque rien, et c’est sa force. Thomas Wake (Willem Dafoe) et Ephraim Winslow (Robert Pattinson) se retrouvent coincés sur une île pendant une tempête. Le malaise vient du silence, de la promiscuité, de cette sensation que chacun cache quelque chose à l’autre. Les performances rendent le tout à la fois drôle, brutal et profondément instable. Sur Reddit, un spectateur résumait la fin en disant qu’elle lui avait donné la chair de poule.
Dans Possession, le chaos devient conjugal. Mark (Sam Neill) voit sa femme Anna (Isabelle Adjani) s’éloigner de façon de plus en plus étrange, et le film quitte vite le terrain du simple drame de couple. Colère, jalousie, culpabilité, dépendance émotionnelle, tout est poussé à un niveau presque insoutenable. La performance d’Isabelle Adjani reste l’un des grands chocs du cinéma d’horreur. Ce n’est pas pour rien que le film est devenu culte, au point d’avoir droit à un reboot.
Eraserhead, le cauchemar qui refuse d’expliquer
Et puis il y a Eraserhead, premier long métrage de David Lynch. Henry Spencer, joué par Jack Nance, vit dans une ville industrielle bizarre et voit sa réalité basculer avec l’arrivée imprévue d’un enfant. Le film n’explique rien, n’accompagne jamais le spectateur, et c’est précisément ce qui le rend si fort.
Bruit industriel permanent, décors en décomposition, imagerie dérangeante, tout concourt à cette sensation de rêve malade. Plus que de la peur, Eraserhead fabrique une anxiété familière, comme si le quotidien avait été légèrement déréglé. Ce type de cinéma ne cherche pas à plaire immédiatement. Il teste autre chose, notre capacité à supporter l’inconfort quand il dit vraiment quelque chose.