En bref
- Le méchant de Source Code vient d’un cas réel
- La machine du film, elle, est totalement fictive
- Le modèle probable s’appelait David Hahn
Le plus troublant dans Source Code, ce n’est pas forcément sa machine à remonter huit minutes en arrière. Cette idée-là est de la pure science-fiction. En revanche, le profil de son poseur de bombe, lui, a été nourri par une histoire authentique.
La science-fiction du film, pas celle du criminel
Dans le film de Duncan Jones, le capitaine Stevens, joué par Jake Gyllenhaal, est envoyé dans une simulation qui reconstruit les huit dernières minutes d’un train de Chicago détruit par un attentat. Le dispositif puise dans l’esprit des victimes déjà mortes, recrée leur environnement, puis le soldat revit la scène encore et encore pour identifier le coupable et éviter une nouvelle attaque.
Le cadre est tordu, presque comme un jeu vidéo avec des vies en plus. Mais le réalisateur expliquait en 2011 à io9 que le terroriste du film avait été imaginé à partir d’un vrai jeune homme découvert dans l’actualité.
Pourquoi ce profil a marqué Duncan Jones
Le coupable de Source Code s’appelle Frost, incarné par Michael Arden. Il fabrique chez lui une bombe sale. Ce qui intéressait Duncan Jones, ce n’était pas juste l’idée d’un cerveau brillant, mais celle d’une intelligence technique totalement débranchée de la question morale.
Le cinéaste racontait avoir en tête un garçon du Midwest capable de construire un réacteur dans le jardin de sa mère, au point d’irradier le voisinage. Et il résumait son point de départ ainsi : « Il était incroyablement intelligent et n’avait absolument aucun sens du bien et du mal. » Plus loin, il ajoutait que l’idée fascinante était celle de quelqu’un qui agit seulement parce qu’il sait faire, sans se demander s’il le devrait.
Le cas David Hahn, ou le « Radioactive Boy Scout »
Le nom ne lui revenait plus, mais tout pointe vers David Hahn. L’affaire remonte à 1994, puis a vraiment émergé en 1998 après un papier de Harper’s Magazine, avant d’être racontée plus longuement dans le livre The Radioactive Boy Scout, publié en 2004.
Adolescent de 17 ans vivant à Commerce Township, dans le Michigan, David Hahn voulait construire un réacteur surgénérateur. Il n’y est pas arrivé, mais il a tout de même fabriqué une source active de neutrons. Pour récupérer des matériaux, il démontait des objets du quotidien, avec de l’américium dans des détecteurs de fumée, du thorium dans des lanternes de camping et même du radium venant d’horloges anciennes.
Quand la police l’a contrôlé et qu’il a lui-même signalé la nature radioactive de ces éléments, l’État fédéral a fini par intervenir. L’EPA a nettoyé son labo amateur. Les mesures relevaient environ 1 000 fois la radioactivité de fond normale. Pas anodin.
Ce que le film transforme, et ce que ça change
Le point important, quand même, c’est que David Hahn n’a jamais fabriqué la bombe de Source Code et n’avait pas l’intention de blesser qui que ce soit. Le film transforme donc un fait divers scientifique inquiétant en menace terroriste nette, plus simple à lire dans un thriller.
La suite de sa vie, elle, est bien plus triste que romanesque. Sa mère s’est suicidée en 1996, il a servi dans l’armée à bord de l’USS Enterprise, a de nouveau été arrêté en 2007 pour avoir collecté de l’américium, puis est mort en 2016 à 39 ans. C’est là que le cinéma dit quelque chose d’assez juste sur notre époque : la vraie peur n’est pas seulement la machine futuriste, mais ce qu’un individu isolé peut bricoler avec assez de savoir et trop peu de limites.