En bref
- Denzel Washington a réécrit Programmé pour tuer (Virtuosity).
- La romance a été retirée pour motif racial.
- Le rôle de Kelly Lynch a été réduit.
Le détail qui frappe, avec Virtuosity, n’est pas seulement son scénario de techno-thriller des années 1990. C’est le fait que Denzel Washington ait lui-même repris le script pour enlever une histoire d’amour entre son personnage noir et celui, blanc, joué par Kelly Lynch.
Une romance supprimée pour une raison très précise
Dans ce film de Brett Leonard sorti en 1995, Washington incarne Parker Barnes, un ex-flic devenu détenu, chargé d’arrêter SID 6.7, une intelligence artificielle meurtrière interprétée par Russell Crowe. À l’origine, Barnes devait aussi vivre une intrigue romantique avec la psychiatre Dr. Carter, jouée par Lynch.
Mais cette piste a disparu. Et pas pour une vague raison de rythme. En revenant sur l’épisode en 2012, Kelly Lynch raconte que Washington lui a expliqué, très directement, qu’un public blanc raciste n’accepterait pas de voir un homme noir avec une femme blanche à l’écran. Elle se souvenait qu’il lui avait dit, en substance, que les hommes blancs emmènent les femmes au cinéma et ne veulent pas regarder un homme noir avec leur femme. Pour lui, c’était bien le vrai moteur de sa décision.
Le script a été réorienté vers l’action, au détriment du personnage de Kelly Lynch
Ce choix n’a pas seulement effacé une romance. Il a aussi changé l’équilibre du film. D’après Lynch, Washington a pris le contrôle du scénario au point de réduire fortement son personnage, pourtant présenté au départ comme une experte.
Sa version à elle a été transformée. Dr. Carter s’est retrouvée employée d’une entreprise, mère d’un enfant, avec un ressort plus spectaculaire, sa fille menacée par une bombe. Et une partie de ses dialogues a été transférée au personnage de Washington. Résultat, un film plus porté sur l’action, plus salace selon les mots de Lynch, et moins intéressé par la dynamique entre les deux personnages.
Elle estimait même que ces réécritures marquaient « le début de la fin » pour Virtuosity. Pas mal de frustration, donc, sur ce tournage.
Pourquoi ce choix compte encore quand on reparle de Virtuosity
Le plus intéressant, avec le recul, c’est le contraste. Virtuosity reste un flop commercial à sa sortie, alors même que son idée centrale, une IA nourrie par les profils de centaines de criminels et projetée dans un corps androïde, a plutôt bien vieilli. Le film imaginait déjà une peur technologique qu’on connaît très bien aujourd’hui.
Et pourtant, derrière ce vernis de science-fiction, on retrouve une autre angoisse, très terrestre celle-là, celle de la réception d’une romance interracialle dans le cinéma américain de 1995. Lynch, elle, jugeait ce calcul faux et comparait la situation au succès de The Bodyguard, avec Whitney Houston et Kevin Costner. Washington lui répondait que ce n’était pas la même chose.
Le film a depuis gagné un petit statut culte. Et au passage, on y croise aussi une très jeune Kaley Cuoco, dans le rôle de la fille du personnage de Kelly Lynch. Ce genre d’histoire rappelle une chose simple, le cinéma parle toujours de son époque, même quand il prétend regarder le futur.