En bref
- Harrow Alley reste un script culte jamais tourné
- George C. Scott a tout tenté pour l’adapter
- Emma Thompson porte encore une mini-série
Un script peut être adulé pendant des décennies et rester, malgré ça, totalement infilmable pour l’industrie. Harrow Alley, écrit par Walter Newman, appartient à cette catégorie-là.
Long de 178 pages, situé pendant la Grande Peste de Londres, et traversé par un humour si noir qu’il en devient presque agressif, le texte a impressionné pas mal de monde sans jamais rassurer les financiers. C’est tout le paradoxe. On parle d’un scénario tenu pour exceptionnel mot à mot, mais que Hollywood n’a jamais vraiment osé toucher.
Un auteur respecté, mais jugé trop raide
Le cas Newman n’aide pas. Le scénariste a travaillé sur The Magnificent Seven et The Great Escape, tout en voyant son nom disparaître de ces deux films. Il a aussi décroché des nominations aux Oscars pour Ace in the Hole, puis plus tard pour Cat Ballou et Bloodbrothers.
Mais sa réputation dans le milieu était compliquée. Trop attaché à ses mots, pas assez souple sur les réécritures. Pour un projet aussi risqué, ce n’était pas le profil qui rassure.
La peste comme terrain de vérité
L’idée remonte aux années 1950, quand Walter Newman, approchant la quarantaine, dit avoir pris conscience de sa propre mortalité. En 1978, il expliquait au New York Times qu’il voulait regarder la mort en face et comprendre comment on vit en sachant qu’elle existe, ajoutant en substance « Soudain, j’ai pris conscience de la mortalité ».
Avant d’écrire, il a accumulé 4 000 fiches de recherche sur la peste de 1665-1666, des façons de parler jusqu’aux comportements des habitants. Il découvre notamment que des médecins et des édiles restaient dans les quartiers contaminés pour s’occuper de leurs voisins, alors même que le risque de mourir était énorme. Puis il boucle un premier jet de plus de 170 pages en six semaines. Franchement, le niveau de préparation se voit.
Un récit atroce, drôle, et donc difficile à vendre
Le scénario suit d’abord Ratsey, un bandit condamné à la pendaison, sauvé in extremis pour transporter des cadavres vers des fosses communes. Il pense être immunisé contre la peste. Mauvais calcul.
Face à lui, il y a Harry Poyntz, échevin consciencieux qui tente de maintenir un semblant d’ordre alors que sa femme Jem, enceinte de six mois, n’a que 15 ans. Le texte enchaîne les deuils, les gestes de solidarité, un refuge bricolé pour des orphelins, et des blagues de potence. Il y a même une autopsie très crue d’une victime. Résultat, beaucoup de dirigeants de studios ont surtout vu un cauchemar commercial.
Des soutiens prestigieux, zéro feu vert
John Huston a adoré, sans réussir à monter le financement. Puis George C. Scott a pris le relais. En 1968, il optionne le texte, renouvelle l’opération l’année suivante, puis l’achète pour environ 138000 euros (150000$). Il parlait du meilleur scénario original qu’il ait jamais lu, quand même.
Après Patton, il démarche tout le monde. Rien. Ses propres films de réalisateur, Rage puis The Savage Is Loose, n’aident pas, et son exigence de ne changer aucun mot non plus. Même avec Mel Gibson attaché plus tard, le projet cale. Dans les années 1980, Robert J. Elisberg tente encore chez Universal, sans succès.
Dernier sursaut, Emma Thompson. Elle a lancé une adaptation en mini-série chez HBO en 2018 et disait encore en 2023 être liée au projet. Ce blocage dit quelque chose de simple, et d’assez actuel. Les histoires sur les pandémies intéressent tout le monde, tant qu’elles ne regardent pas trop directement la peur, la mort et l’absurdité collective.