En bref
- Malignant a cinq ans et reste unique
- James Wan y lâche totalement la bride
- Sa sortie hybride a cassé son élan
Il y a des films de studio qui sentent la validation en réunion. Et puis il y a Malignant. Sorti en 2021, le film ressemble à ce qui arrive quand un réalisateur a assez de poids pour imposer une idée franchement bizarre, puis qu’on le laisse aller jusqu’au bout. Dans le cinéma grand public, c’est plus rare qu’on ne le croit.
Le bonus créatif d’un cinéaste devenu incontournable
À ce moment-là, James Wan ne revenait pas de nulle part. Il sortait de Aquaman, devenu le plus gros succès de l’univers super-héroïque de DC avec plus de 920 millions d’euros (1 milliard de dollars) au box-office. Avant ça, il avait aussi propulsé Furious 7 parmi les très gros cartons mondiaux.
Du coup, quand Warner Bros. voulait naturellement le récupérer pour Aquaman 2, le cinéaste avait un levier. Il s’en est servi pour revenir à l’horreur, son terrain historique, avec un projet beaucoup moins calibré. C’est presque la vieille logique du one for them, one for me, appliquée à un studio majeur.
Et ce retour a du sens si vous suivez sa trajectoire. Saw a lancé l’une des franchises les plus massives du genre. Insidious aussi. Sans parler de son rôle central dans l’univers Conjuring.
Un film qui pousse toutes les obsessions de Wan au maximum
Sur le papier, Malignant suit Madison, incarnée par Annabelle Wallis, une femme paralysée par des visions de meurtres atroces. Le film bascule quand elle comprend que ces cauchemars correspondent à des crimes bien réels, liés à un passé qu’elle ne maîtrise pas encore.
Bon, l’essentiel est ailleurs. Plus le récit avance, plus les révélations partent loin, jusqu’à un final devenu l’un des plus dingues de l’horreur mainstream récente. On savait déjà que James Wan n’avait jamais été un cinéaste très sage, de Saw à Dead Silence. Ici, il monte clairement le curseur encore d’un cran.
La réception en salle raconte pas mal de choses. Lors du premier week-end d’exploitation en 2021, juste après les premières années de pandémie, certaines projections ont viré à l’expérience collective idéale, avec des rires, des sursauts et même des applaudissements. Stephen King lui-même a salué le film. Et le nom Gabriel, pour ceux qui l’ont vu, n’a plus tout à fait la même saveur.
Le bon film, au mauvais moment
Le vrai problème n’était pas son culot. C’était sa fenêtre de sortie. Warner Bros. avait alors choisi de lancer toute sa grille 2021 à la fois en salles et sur HBO Max, un choix qui a lourdement limité son potentiel commercial.
Avec un budget d’environ 37 millions d’euros (40 millions de dollars), Malignant a fini sa course à un peu moins de 32 millions d’euros (35 millions de dollars) dans le monde. Trop peu pour espérer tranquillement une suite, même si James Wan a déjà dit qu’il aimerait bâtir un univers autour du film.
Mais ce semi-échec dit aussi autre chose. L’horreur vit souvent de franchises, et c’est très bien comme ça. Pourtant, voir un film aussi original, aussi audacieux, exister tel quel dans le giron d’un grand studio, ça compte. Peut-être justement parce qu’il restera seul. Et il est toujours disponible en 4K, Blu-ray et DVD.