En bref
- Une trilogie pensée avec une vraie fin
- Un Batman fidèle à sa règle morale
- Une Gotham trop proche de Chicago
On voit rarement ça avec un super-héros aussi rentable. La trilogie de Christopher Nolan est la seule vraie saga Batman portée du début à la fin par le même réalisateur et le même acteur, Christian Bale, avec en plus l’idée assez simple, mais devenue rare, de raconter une histoire qui se termine.
Ce cadre change tout. Dans le vaste feuilleton des versions cinéma, de Leslie H. Martinson à Matt Reeves, en passant par Tim Burton, Joel Schumacher et Zack Snyder, Nolan reste aussi celui qui a donné au personnage son plus gros vernis de prestige. The Dark Knight a offert un Oscar d’interprétation à Heath Ledger, et le film est souvent cité parmi ceux qui ont poussé les Oscars à élargir la catégorie du meilleur film à dix nommés.
Une rare saga de super-héros qui accepte de se terminer
Le plus fort n’est pas seulement la qualité des films, c’est leur forme. Là où les franchises laissent presque toujours une porte grande ouverte, Nolan fait suivre à Bruce Wayne un vrai trajet, origine, chute, retour, puis disparition.
Dans Batman Begins, il devient Batman. Dans The Dark Knight, il affronte son adversaire le plus marquant et encaisse un revers majeur. Puis The Dark Knight Rises le montre brisé avant un dernier affrontement, puis la retraite. Le passage de témoin à John Robin Blake, joué par Joseph Gordon-Levitt, garde l’univers entrouvert, mais le vrai Batman, lui, sort de scène.
Et cette idée a fait école. Marvel a tué Iron Man, MGM a fait mourir James Bond. On sait bien que ces figures reviendront autrement, mais donner une fin rend les arcs plus lourds émotionnellement.
Un Batman qui refuse de tuer, ou presque
L’autre réussite, c’est la règle du non-meurtre. Dans les comics, elle n’a pas toujours été constante, le premier Batman de Bob Kane portait même une arme, mais elle définit le personnage depuis l’essentiel de son histoire.
Au cinéma, cette ligne a souvent sauté. Le Batman de Michael Keaton tue sans trop d’états d’âme, vise le Joker et le Pingouin, fait exploser une usine, brûle un clown. Celui de Val Kilmer sermonne Robin, puis laisse Double-Face mourir. Les versions Adam West et George Clooney ressemblent plus à des policiers assermentés, tandis que celle de Ben Affleck, dans l’univers de Zack Snyder, est fidèle à sa noirceur.
Chez Bale, il y a un astérisque, quand même. Il ne tue pas directement, mais il ne se sent pas tenu de sauver Ra’s al Ghul dans un train en train de s’écraser, ni d’empêcher la mort de Bane. Ce n’est pas parfait. Mais l’intention morale existe, et il épargne bien le Joker.
Chez Nolan, le costume n’est pas le vrai masque
Hollywood adore montrer le visage de sa star. Résultat, pas mal de films Batman transforment Bruce Wayne en héros romantique un peu triste, prêt à révéler son secret à la première amoureuse venue.
La trilogie de Nolan va plutôt dans le bon sens. Oui, Bruce Wayne révèle son identité à Rachel, mais le récit présente clairement ce choix comme une erreur. Le reste du temps, il joue le milliardaire creux, dépensier, irresponsable, au point de donner l’image d’un homme capable de brûler sa maison en étant ivre. Le playboy est un rôle. Batman, malgré cette voix souvent moquée, est la personne réelle.
Le point faible, c’est une Gotham trop ordinaire
Là, la trilogie rate quelque chose d’important. Gotham City devrait être un personnage, pas un décor interchangeable.
Or Nolan filme surtout Chicago. Dans Batman Begins, le train aérien donne encore un relief singulier, puis cet élément s’efface dans les suites. Il faut attendre la ville cassée et quasi dystopique de The Dark Knight Rises pour retrouver un peu de personnalité. À côté, la Gotham expressionniste de Burton, celle, néon, de Schumacher, ou la ville gothique bricolée par Matt Reeves comprennent mieux une chose, Batman a besoin d’une ville qui lui ressemble. Et ça, pour les prochaines incarnations, ce n’est pas un détail.