En bref
- Stranger Things reste immense, mais moins précis sur la fin
- Resident Alien, From, Dark et Twin Peaks offrent mieux
- Leur point commun, une petite ville qui fissure
Stranger Things a peut-être défini une époque du streaming, mais sa sortie de scène laisse aussi autre chose, un débat sur ce que la série a gagné en ampleur et perdu en précision.
Le modèle Hawkins a fini par montrer ses coutures
Chez Netflix, la série des frères Matt et Ross Duffer a été un mastodonte. Cinq saisons, 42 épisodes, plus de 1,2 milliard de vues au total, et un impact économique estimé à environ 1,2 milliard d’euros (1,4 milliard de dollars) aux États-Unis. Pas mal.
Mais l’autre réalité compte aussi. À mesure que les budgets gonflaient et que les épisodes prenaient une durée de quasi long métrage, les critiques sur des intrigues répétitives et des personnages mal servis ont pris de la place. Même si la franchise va continuer avec un spin-off animé et un successeur en live-action, la magie de Hawkins s’est un peu dissipée après la série principale.
Resident Alien, la petite ville vue par un intrus
Dans Resident Alien, la mécanique est simple et maligne. Un assassin extraterrestre s’écrase à Patience, dans le Colorado, prend l’identité du médecin local, Harry Vanderspeigle, et cherche une arme perdue capable de détruire l’humanité.
Le vrai moteur est ailleurs. Alan Tudyk joue ce faux docteur avec une raideur délicieuse, comme si chaque interaction humaine était un bug à contourner. Et autour de lui, Sara Tomko, Alice Wetterlund et Corey Reynolds installent peu à peu l’idée qu’il y a quelque chose qui cloche. Sur 44 épisodes et quatre saisons, d’abord sur Syfy puis sur USA Network, la série a gardé une régularité que Stranger Things n’a pas toujours tenue.
From et Dark, deux manières de piéger une communauté
Avec From, on quitte la nostalgie pour l’usure mentale. Les habitants d’une ville sans nom y restent bloqués, les routes les ramenant toujours au même point, tandis que des créatures humanoïdes sortent des bois la nuit. Harold Perrineau, en Boyd Stevens, porte très bien cette autorité subie. La série, pilotée par Jeff Pinkner et Jack Bender, préfère observer ce que l’enfermement fait aux couples, aux voisins, au groupe. Une cinquième et dernière saison est en développement.
Plus cérébrale, Dark part de deux disparitions d’enfants à Winden, petite ville allemande reliée à un trou de ver sous sa centrale nucléaire. Jonas Kahnwald, joué par Louis Hofmann, découvre un réseau de liens entre quatre familles sur trois époques. La force du projet créé par Baran bo Odar et Jantje Friese, c’est sa construction fermée, pensée comme un récit complet de 26 épisodes sur trois saisons. Clairement, ça change tout.
Twin Peaks, la matrice que tout le monde regarde encore
Et puis il y a Twin Peaks. La série de David Lynch et Mark Frost commence comme une enquête sur le meurtre de Laura Palmer, menée par l’agent du FBI Dale Cooper, incarné par Kyle MacLachlan, dans une ville forestière de l’État de Washington. Ensuite, tout déraille, dans le bon sens, entre occultisme, possession et dimensions parallèles.
Là où Stranger Things fonctionne comme un grand hommage pop, Twin Peaks reste la base du genre parce qu’elle ne cherche jamais à rassurer le public. Son retour en 2017, Twin Peaks: The Return, 18 épisodes d’avant-garde pure, l’a encore prouvé. La suite des mystères de petite ville, au fond, se joue là, quand la télé accepte encore de dérouter.