En bref
- George Lucas quitte la DGA en 1980
- Le litige porte sur l’ordre des crédits
- Ce choix a influencé les blockbusters modernes
On n’y pense presque jamais, mais la façon dont un film commence raconte aussi une vision du cinéma. Dans le cas de George Lucas, quelques lignes de crédits ont suffi à provoquer une rupture avec la Director’s Guild of America, et cette rupture se voit encore aujourd’hui dans pas mal de grosses productions.
Une bataille sur quelques lignes, pas sur le film
Au moment de la sortie de L’Empire contre-attaque en 1980, Lucas veut reprendre exactement la mécanique du premier Star Wars, le logo de 20th Century Fox, une mention Lucasfilm, puis le titre et le texte déroulant. Le problème, c’est la règle de la DGA : si quelqu’un est crédité au début, le réalisateur doit l’être aussi.
Sur le premier film, le syndicat avait laissé passer, parce que Lucas était lui-même le réalisateur et que la mention d’ouverture pouvait être vue comme une référence à lui. Avec Irvin Kershner à la mise en scène sur L’Empire contre-attaque, cette lecture ne tenait plus. Kershner, lui, ne s’y opposait pas. La DGA, si. Résultat, Lucas préfère quitter le syndicat plutôt que de modifier l’ordre des crédits.
Star Wars a bousculé une vieille grammaire du cinéma
Avant ça, la norme voulait un vrai bloc de crédits d’ouverture, puis une fin assez courte. Les années 1960 et 1970 avaient déjà commencé à déplacer la balance vers les crédits de fin, avec des films comme West Side Story, mais l’usage restait mixte.
En 1977, Star Wars coupe plus franchement avec cette habitude. Pas de présentation classique de l’équipe, pas de crédit réalisateur en tête, juste une entrée immédiate dans l’univers. C’est tout sauf anecdotique. On passe d’un film qui se présente à un film qui vous attrape d’emblée.
Le départ de Lucas a aussi influencé Le Retour du Jedi
Et ce bras de fer ne s’arrête pas au symbole. Pour Le Retour du Jedi, Lucas cherche un réalisateur qui ne soit pas prisonnier de ce contexte, soit en début de carrière, soit hors du giron de la DGA. Vu sous cet angle, les noms de David Lynch ou David Cronenberg paraissent moins improbables.
Finalement, il se tourne vers le Gallois Richard Marquand, repéré après Eye of the Needle. Certains y ont vu un simple exécutant. La réalité semble plus sèche et plus intéressante, ce choix découle aussi du conflit avec la DGA, pas seulement d’une volonté de contrôle total.
Des blockbusters plongés dans le film sans préambule
L’effet s’est installé lentement, puis partout. À la fin des années 1980, des suites comme Lethal Weapon 2 ou Die Hard 2 adoptent à leur tour ce format centré sur la fin. Dans les années 1990, Quentin Tarantino et Paul Thomas Anderson continuent de jouer avec cette grammaire.
Puis Marvel a industrialisé la formule. Iron Man, en 2008, ouvre presque à froid, repousse l’essentiel des crédits, et le Marvel Cinematic Universe finit par faire de ce schéma la norme dès 2011. Ajoutez les scènes post-générique, et vous obtenez une habitude de spectateur très actuelle. En gros, une querelle syndicale de 1980 a fini par redessiner notre manière d’entrer dans un blockbuster.