En bref
- Pixar ne se résume pas à ses scènes cultes
- Des séquences discrètes révèlent mieux son savoir-faire
- Humour, identité, nostalgie, tout y passe
On cite toujours les mêmes sommets chez Pixar. Le début de Up, la tension de Toy Story 3, l’émotion de Finding Nemo. Mais le vrai luxe du studio est ailleurs aussi, dans ces scènes plus petites, parfois bizarres, souvent drôles, qui expliquent pourquoi ses films restent en tête longtemps après le générique.
Ce que Pixar réussit en quelques secondes
Dans Partly Cloudy, tout tient dans un gag visuel devenu presque une déclaration d’amitié. La cigogne, épuisée par les créatures dangereuses fabriquées par son nuage, revient finalement équipée d’une tenue de football américain. C’est simple, très tendre, et l’idée visuelle suffit à vendre toute la relation.
Même logique dans WALL-E. Beaucoup retiennent la romance ou le sous-texte écologique, mais l’arrivée de M-O, petit robot obsédé par la propreté, raconte immédiatement son caractère. Quand il découvre à quel point WALL-E est contaminé, la réaction fait mouche, et pose tout le comique à venir.
Et puis il y a Buzz devant sa propre publicité dans Toy Story. Là, le gag devient crise existentielle. Le ranger de l’espace comprend qu’il n’est qu’un jouet, perd pied, puis rebondit plus tard. Pour un film familial de 81 minutes, c’est une secousse assez folle.
Quand l’humour secondaire vole presque le film
Chez Monsters, Inc., le numéro Put That Thing Back Where It Came From, Or So Help Me est déjà connu, mais sa version façon bêtisier et mini comédie musicale l’est moins. La performance vocale de Billy Crystal y fait beaucoup.
A l’inverse, Monsters University reste un film plus mineur, clairement, mais la mère de Squishy qui surgit pendant l’initiation de la fraternité Oozma Kappa touche juste. Honte ado, comique domestique, tout est là.
Dans Up, la voix ridiculement aiguë d’Alpha casse d’un coup son aura menaçante. Et Finding Dory offre à Gerald son petit triomphe quand il finit enfin par gagner sa place sur le rocher face à Fluke et Rudder. Burlesque, mais pas gratuit.
Le studio au croisement du méta et du burlesque
Toy Story 2 pousse le méta encore plus loin avec le rayon entier dédié à Buzz Lightyear. La meilleure blague n’est même pas la plus célèbre, mais ce moment absurde de complicité père-fils joué par deux Buzz, avec le Yipee! final de Tim Allen.
Dans Inside Out, le générateur de petit ami imaginaire est déjà une excellente trouvaille. Mais le fait que ces petits amis aident Joy avant de disparaître dans la décharge de mémoire donne au gag une suite inattendue, surtout quand le film suggère ensuite une Riley plus mûre.
Là où Pixar touche juste sans forcer
Certains moments disent aussi quelque chose de plus large sur le studio. La phrase d’Edna Mode dans The Incredibles, « Je ne regarde jamais en arrière, mon chéri, cela détourne du présent », marche à la fois comme blague, devise de création et moteur du film.
Dans Ratatouille, la dégustation finale d’Anton Ego reste une des plus belles traductions de la nostalgie en animation. Une bouchée, et l’enfance revient.
Et Brave, souvent jugé moins fort, garde malgré tout un sommet avec son combat contre l’ours Mor’du. Cette séquence plus sérieuse montre aussi le film qu’une partie du public espérait voir. En gros, ces scènes discrètes rappellent une chose, Pixar est souvent le plus intéressant quand il n’essaie pas d’impressionner, seulement de viser juste.