Ces romans de SF méritent une série, pas un simple film

Le streaming a rendu adaptables des fresques de science-fiction jugées ingérables. Cinq sagas montrent pourquoi la télévision est devenue le vrai format.

Foundation saison 4
Image d'illustration. Foundation saison 4 — Apple / PR-ADN

En bref

  • Le streaming a changé l’échelle de la SF
  • Cinq sagas semblent taillées pour la série
  • Le vrai enjeu, c’est le temps narratif

Le plus intéressant, aujourd’hui, ce n’est pas qu’on adapte encore de la science-fiction. C’est qu’on l’adapte enfin dans le bon format. Après Foundation sur Apple TV, après Dune: Prophecy ou les six saisons de The Expanse, l’idée a changé de camp, un peu discrètement. Les fresques qu’on disait trop vastes pour l’écran paraissent désormais plus naturelles en série qu’au cinéma.

La télévision est enfin à l’échelle de ces mondes

Pendant longtemps, un univers trop dense, un futur trop lointain ou une chronologie étalée sur des siècles suffisaient à bloquer un projet. Ce verrou saute. Isaac Asimov imaginait Foundation à une échelle quasi impossible, et pourtant la série pilotée par David S. Goyer et Josh Friedman a déjà déroulé 30 épisodes en trois saisons. Résultat, on regarde autrement les romans réputés ingérables.

Et ça compte, parce que le sujet n’est plus seulement le budget. C’est la durée. Certains livres ont besoin de place, pas juste d’effets visuels.

Mars, ou le laboratoire idéal d’une série au long cours

Red Mars, de Kim Stanley Robinson, est presque un cas d’école. Le roman démarre en 2026, avec les premiers colons partis installer une présence humaine sur Mars. Mais le cœur du livre n’est pas seulement la conquête spatiale. C’est le conflit d’idées entre les Reds, qui refusent de défigurer la planète, et les Greens, persuadés qu’étendre la vie ailleurs est un devoir moral.

Il y a aussi la cuisine concrète de la terraformation, l’eau à aller chercher, le permafrost martien, puis les décennies qui passent, une Terre gagnée par le pouvoir des entreprises, des révolutions, des guerres, et une vraie question politique, presque plus que scientifique. Un film ne tiendrait pas ça. D’autant que la saga continue avec Green Mars, Blue Mars et The Martians, jusqu’en 2212.

Des univers anthologiques qui appellent plusieurs saisons

Même logique pour Wild Cards. Le projet lancé par George R.

R. Martin avec Melinda M. Snodgrass part d’une uchronie à New York en 1946, après la diffusion d’un virus alien venu de Takis. La plupart des contaminés meurent, une petite part devient des Jokers, une autre des Aces aux pouvoirs de super-héros. Sauf qu’ici, le traitement se veut plus ancré, plus intime. Avec 34 anthologies publiées entre 1987 et 2024, la matière est là. Le projet de série chez Hulu, lui, semble enlisé depuis des années.

À l’autre bout du spectre, le Hainish Cycle de Ursula K. Le Guin a un autre avantage, sa forme éclatée. Douze romans, des nouvelles, pas une intrigue unique, mais un univers commun, où les humains ont été disséminés par les habitants de Hain, avant de tenter de bâtir la Ligue des Mondes, puis l’Ekumen. Là, une série anthologique aurait du sens, peut-être en commençant par The Left Hand of Darkness.

Les romans qui demandent du temps pour respirer

Il y a enfin les livres que le cinéma a déjà comprimés trop vite. A Wrinkle in Time, de Madeleine L’Engle, a connu une version télé en 2003 puis un film en 2018 avec Oprah Winfrey, Reese Witherspoon, Mindy Kaling et Chris Pine. Sans convaincre. Or ce récit sur Meg Murray, son père disparu, d’étranges voyageurs interplanétaires et la menace du IT demande une progression plus lente, plus attentive à ses thèmes religieux et féministes, et à son ton doux, presque inquiétant.

Même besoin de souffle pour la trilogie Xenogenesis, aussi connue comme Lilith’s Brood, d’Octavia E. Butler. On y suit Lilith Iyapo, réveillée 250 ans après une guerre nucléaire, à bord du vaisseau des Oankali, une espèce à trois sexes, capable de manipuler les gènes. La saga parle d’hybridation, de sexualité, de genre, d’évolution humaine. Clairement, un seul film écraserait tout. Et puisque Kindred a déjà été adapté, on voit bien où peut aller la suite. Le vrai signal, au fond, est là, la télévision ne sert plus juste à prolonger des franchises. Elle devient l’endroit où les mondes trop vastes peuvent enfin exister.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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