En bref
- Un ovni SF de 1984 raté en salles
- Le film avait pourtant un vrai potentiel de saga
- Son culte s’est construit bien après
Il avait tout d’un début de franchise. Et il a fini comme beaucoup d’objets trop bizarres pour leur propre bien, par disparaître presque aussitôt des radars avant d’être repêché plus tard par les fans.
Un héros pensé pour durer
Avec The Adventures of Buckaroo Banzai Across the 8th Dimension, on tient un cas assez rare. Le film imagine un personnage principal qui cumule les vies comme d’autres changent de veste, chirurgien, physicien nucléaire, musicien superstar et héros d’action. Sur le papier, Buckaroo Banzai, incarné par Peter Weller, avait clairement de quoi porter plusieurs films.
Le plus malin, c’est que ce héros ultra-compétent n’est jamais joué comme un grand numéro. Weller en fait une présence sèche, presque impassible, ce qui donne au film son décalage. Quand tout part en vrille autour de lui, lui reste droit. C’est souvent là que le film est le meilleur.
Le vrai charme, c’était son chaos
Autour de lui, en revanche, c’est le carnaval. John Lithgow campe le très dérangé Dr. Emilio Lizardo, Ellen Barkin joue Penny Priddy, Jeff Goldblum apparaît en partenaire de groupe et acolyte sous le nom de New Jersey, et Christopher Lloyd passe par là en alien maléfique, John Bigbooté.
L’intrigue suit Buckaroo et son groupe face aux Red Lectroids de la Planète 10, qui veulent traverser dans notre dimension et prendre le contrôle du monde avec l’aide de Lizardo. Bon, raconté comme ça, ce n’est déjà pas simple. À l’écran, c’est encore plus touffu. Le film a ce côté puzzle dont certaines pièces semblent volontairement rangées dans la mauvaise boîte.
Trop étrange pour son époque
C’est aussi ce qui l’a condamné. W.
D. Richter, coréalisateur de l’écriture de Big Trouble in Little China, et le scénariste Earl Mac Rauch voulaient un clin d’œil joueur aux serials SF des années 50, avec une surcharge très années 80. Le problème, c’est que pas mal de critiques ne savaient pas sur quel pied danser.
Parodie, hommage, film joué au premier degré, un peu des trois à la fois. Certains y voyaient une distance ironique séduisante, d’autres trouvaient l’ensemble trop satisfait de sa propre étrangeté. Résultat, le film n’a jamais trouvé son public au bon moment.
Le box-office a tout stoppé, pas le culte
Le couperet, lui, a été très concret. The Adventures of Buckaroo Banzai Across the 8th Dimension n’a rapporté qu’environ 6 millions d’euros (6 millions de dollars), pour un budget d’environ 16 millions d’euros (17 millions de dollars). À ce niveau-là, la suite n’avait presque aucune chance.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Avec le temps, le film a gagné une réputation de classique culte, portée notamment par sa vie en vidéo. Et l’univers a continué sur papier, avec le roman de suite publié en 2021 par Earl Mac Rauch, The Adventures of Buckaroo Banzai Against the World Crime League, et al: A Compendium of Evils. Comme souvent en SF, l’échec initial dit moins la valeur d’une œuvre que le moment où elle arrive.