En bref
- 1999 fait entrer la techno anxieuse en série
- Trois shows, trois visions du futur
- Futurama reste le plus durable
1999 n’a pas seulement vendu du futur au petit écran. Cette année-là, la télévision a surtout capté une peur très concrète, celle de systèmes qu’on ne maîtrise plus vraiment. Le bug de l’an 2000 occupait banques, compagnies aériennes et administrations, pendant que The Matrix donnait au cinéma son grand cauchemar de machines invisibles. Dans ce climat, la science-fiction télé changeait d’échelle.
1999, l’année où la SF télé colle aux peurs numériques
Depuis le début des années 1990, le genre avait déjà bougé. Moins d’histoires isolées, plus de mythologies sur la durée, avec des séries pensées pour récompenser les fidèles semaine après semaine. L’arrivée du Sci-Fi Channel en septembre 1992 a compté, tout comme The WB, qui a bâti une partie de sa grille pour un public jeune attiré par les récits de genre. Résultat, la SF n’était plus un coin un peu marginal de la télévision, mais un vrai moteur de communautés.
Total Recall 2070, le polar cyberpunk mal vendu
Le cas de Total Recall 2070 est presque cruel. Son titre promettait un lien fort avec le film, alors que la série regardait bien plus du côté de Blade Runner et de Philip K. Dick, via Do Androids Dream of Electric Sheep?. Créée par Art Monterastelli et tournée à Toronto dans le cadre d’une coproduction canado-allemande, elle suivait le détective du Citizens Protection Bureau David Hume, joué par Michael Easton, épaulé par Ian Farve, incarné par Karl Pruner.
Le twist tenait bien. Farve est un androïde de classe Alpha, mais Hume l’ignore pendant une bonne partie du début. De quoi parler surveillance d’entreprise et conscience fabriquée sous la forme d’un buddy cop procedural. Diffusée d’abord sur CHCH en janvier 1999, puis sur Showtime aux États-Unis, la série a livré 22 épisodes avant une annulation laissant en suspens le fabricant de Farve et une piste d’hybride ADN humain-androïde.
Harsh Realm, la guerre virtuelle avant l’heure
Avec Harsh Realm, Chris Carter, juste après The X-Files et Millennium, partait sur un programme militaire de réalité virtuelle devenu incontrôlable. Le lieutenant Thomas Hobbes, joué par Scott Bairstow, y découvre qu’Omar Santiago, interprété par Terry O’Quinn, ancien sergent-major, s’est autoproclamé dictateur de cinq États simulés.
Le plus intéressant est là. Carter construit une histoire de guerre déguisée en SF, avec un Santiago façon Kurtz, et un allié, Mike Pinocchio, joué par D.
B. Sweeney, blessé en ex-Yougoslavie et volontaire parce que son corps n’est plus un problème dans la simulation. Fox n’a diffusé que trois des neuf épisodes produits en octobre 1999, avant de débrancher le tout à cause des audiences. Les six derniers sont arrivés sur FX au printemps suivant. Clairement, la diffusion a cassé la série presque plus vite que son concept.
Futurama, la comédie qui a mieux vieilli que beaucoup d’autres
Là où les deux autres imaginaient des dystopies paranoïaques, Futurama a pris les mêmes angoisses pour en faire une sitcom SF. Matt Groening et David X. Cohen, après des années sur The Simpsons, lancent le pilote le 28 mars 1999 avec Philip J. Fry, doubleur Billy West, livreur de pizzas accidentellement congelé au passage à l’an 2000.
Il se réveille mille ans plus tard à New New York, rejoint par Turanga Leela, doublée par Katey Sagal, et le robot voleur et alcoolisé Bender Bending Rodríguez, doublé par John DiMaggio. Puis la série déroule pendant quatre saisons sur Fox, avec ses tropes SF, ses clins d’œil de fandom et ses scénaristes titulaires de doctorats en maths et en physique. Annulée en 2003 pour baisse d’audience, elle a pourtant survécu via quatre films sortis directement en vidéo, puis des retours sur Comedy Central et Hulu. Et ça dit quelque chose de simple, quand même, sur la fin des années 1990, la peur de la tech passait déjà très bien en fiction. Celle qui dure, c’est celle qui trouve le bon ton.