Avant Bond, Daniel Craig brillait déjà dans un joyau BBC oublié

Bien avant Casino Royale, Daniel Craig portait une fresque sociale de la BBC. Une série dense, rude, et toujours difficile à voir.

Our Friends in the North
Our Friends in the North — BBC2 / PR-ADN

En bref

  • Daniel Craig y révèle toute sa palette
  • La série suit 31 ans de vies brisées
  • Elle reste difficile à voir en streaming

On associe souvent Daniel Craig à la froideur de James Bond. Sauf que son vrai choc de comédien, celui qui montrait déjà l’étendue du registre, arrive bien avant Casino Royale, dans Our Friends in the North, une mini-série de la BBC diffusée en 1996.

Avant 007, une autre mue décisive

Cette série en neuf épisodes suit 31 ans de la vie de quatre amis originaires de Newcastle upon Tyne. Elle a servi de rampe de lancement à Mark Strong, Christopher Eccleston, Gina McKee et, bien sûr, Craig. Mais c’est lui qui impressionne le plus par l’amplitude du trajet.

Son personnage, Geordie, fuit un père violent et alcoolique. Il glisse ensuite vers une existence sans vraie promesse, faite de petite délinquance et de mauvais choix. Dit comme ça, on pourrait croire à une simple chronique sociale. Ce n’est pas ça. La série travaille l’usure, les renoncements, les fractures intimes, avec une dureté assez rare.

Une fresque locale, mais pas fermée

Le paradoxe est là. Our Friends in the North est très ancrée dans l’histoire politique britannique, avec des références qui peuvent sembler touffues pour un public non britannique, surtout aux États-Unis. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles elle n’a pas circulé plus largement à l’époque.

Mais cette barrière est moins haute qu’elle en a l’air. L’écriture de Peter Flannery fait le boulot, et le fait très bien. Les dialogues sont précis, denses, nerveux, toujours portés par un casting remarquable. On entre dans une société marquée par la corruption parlementaire, la misère, l’alcoolisme et l’exclusion. Un univers étranger, oui, mais jamais opaque.

La meilleure comparaison avancée, et elle est parlante, la rapproche de The Wire pour sa capacité à plonger le spectateur dans un milieu social très situé sans lui tenir la main.

Geordie, le rôle qui dit tout

Ce qui frappe chez Craig, c’est qu’il ne joue pas un homme simplement mauvais. Geordie n’est pas présenté comme un monstre, plutôt comme quelqu’un qui s’abîme à force de compromis, dans une logique de criminalité et d’addictions dont on sort mal. Résultat ? Le personnage encaisse les bascules les plus brutales de toute la série.

Et la série ne cherche jamais à adoucir ça. Elle n’est pas là pour consoler le spectateur. Le trajet de Geordie est éprouvant, et il ne faut pas en attendre une échappée élégante.

Le vrai problème, c’est encore l’accès

Ce qui est un peu rageant, quand même, c’est que cette pièce importante de la télé britannique reste peu visible. Aux États-Unis, elle n’est pas facilement accessible en streaming. Il reste une solution plus encombrante, acheter le Blu-ray sur Amazon, à environ 30 euros (33$), avec un lecteur dézoné.

Ce détail dit quelque chose de plus large. On parle beaucoup de l’ère du catalogue infini, mais certaines œuvres clés disparaissent des radars au moment même où leurs acteurs deviennent des icônes mondiales.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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