En bref
- Tom Hiddleston dépasse largement Loki
- Cinq rôles révèlent des facettes très différentes
- The Night Manager reste son meilleur condensé
L’ombre de Loki est pratique, mais elle finit par écraser le reste. Avec les attentes qui remontent autour d’Avengers: Doomsday, on reparle beaucoup de Tom Hiddleston en dieu de la malice. Sauf que réduire sa carrière à ça, c’est rater un acteur formé au théâtre, capable de passer d’un registre à l’autre avec une vraie précision.
Un acteur qu’on réduit trop vite à son rôle Marvel
Oui, Loki est son rôle le plus iconique, celui qui l’a installé dans la culture pop et auquel il reste visiblement très attaché. Mais la partie intéressante est ailleurs. On parle d’un comédien qui a circulé entre mini-série d’espionnage, adaptation de Shakespeare, drame romantique et film de vampire contemplatif, sans donner l’impression de répéter la même partition.
C’est là que sa filmographie devient plus parlante que sa seule image publique.
Quand Hiddleston joue plus discret
Dans The Life of Chuck, réalisé par Mike Flanagan d’après Stephen King, il incarne Charles Krantz adulte, un comptable d’abord presque banal. Le film remonte le temps en trois parties, depuis un monde qui semble toucher à sa fin jusqu’aux moments qui relient une vie entière. Ce qui frappe, c’est la façon dont Hiddleston fait exister un homme ordinaire, surtout dans cette scène de danse improvisée dans la rue avec un batteur. Pas un numéro. Un moment de présence, tout simplement.
À l’inverse, Only Lovers Left Alive lui demande de retenir le geste. Son Adam, vampire reclus à Detroit, vit parmi les disques, les livres et les instruments, pendant qu’Eve, jouée par Tilda Swinton, le rejoint depuis Tanger. L’arrivée d’Ava, interprétée par Mia Wasikowska, dérègle l’équilibre. Le film est très introspectif, presque cotonneux, et Hiddleston y apporte une fatigue du monde qui sonne juste.
Des personnages moins aimables, mais plus intéressants
Il est aussi très bon quand il refuse d’adoucir un personnage. Dans The Deep Blue Sea, adapté de Terence Rattigan, il joue Freddie Page, ancien pilote de la Royal Air Force embarqué dans une relation avec Hester Collyer, jouée par Rachel Weisz. L’histoire, située dans les années 1950, suit l’usure de ce couple.
Le point fort, c’est que Freddie reste immature, égoïste, limité sur le plan émotionnel. Et Hiddleston ne cherche jamais à rendre ces défauts séduisants. Du coup, l’écart entre l’homme que Hester imagine et celui qu’il est vraiment devient le cœur du rôle.
La preuve la plus complète de son étendue
Pour voir son aisance avec Shakespeare, il faut regarder The Hollow Crown. Il y joue le Prince Hal dans les volets consacrés à Henry IV et Henry V, face notamment à Jeremy Irons. Le plus réussi tient dans la transition, jamais forcée, entre le jeune homme porté sur la fête et le futur roi capable d’autorité.
Mais s’il fallait ne garder qu’un titre, ce serait The Night Manager. Hiddleston y interprète Jonathan Pine, ancien soldat britannique devenu directeur de nuit d’un hôtel de luxe, happé dans une opération de renseignement contre Richard Roper, marchand d’armes incarné par Hugh Laurie, sous l’impulsion d’Angela Burr, jouée par Olivia Colman. La série a commencé comme mini-série, a eu une saison 2 et une saison 3 est déjà confirmée. Et clairement, tout est là, charisme, subtilité, autorité, vulnérabilité. Ce n’est pas seulement l’après-Loki. C’est le rappel qu’un acteur peut être célèbre pour un rôle, sans se confondre avec lui.