En bref
- Backrooms a dépassé environ 358 millions d’euros (389M$).
- Le public a préféré l’horreur originale aux franchises.
- Hollywood retient surtout le signal internet, à tort.
Le succès de Backrooms dit une chose assez simple, et Hollywood semble déjà l’oublier. Le public n’a pas seulement suivi un phénomène né en ligne, il a récompensé un film original, avec une identité nette, au moment même où plusieurs grosses licences patinaient.
Le vrai message du box-office n’était pas le buzz
Avec environ 358 millions d’euros de recettes mondiales (389M$), Backrooms a fait mieux que ce que presque tout le monde anticipait. Le projet partait pourtant avec un avantage évident, sa base de fans. La série YouTube de Kane Parsons, lancée en janvier 2022 à partir des photos de lieux liminaux popularisées sur 4chan, cumule déjà 91 millions de vues.
Mais réduire ce carton à une simple audience préexistante serait trop court. En salles, le public a largement ignoré Star Wars: The Mandalorian and Grogu, mais aussi Masters of the Universe et la Supergirl de DC, pendant que deux films d’horreur prenaient l’air du temps, Backrooms et Obsession, ce dernier reposant sur une idée originale. Le contraste compte. Ce que les spectateurs sont allés chercher, c’était du neuf.
Kane Parsons n’a pas lissé ce qui faisait l’identité du projet
À 20 ans, Kane Parsons signait ici son premier long métrage. Et il n’a pas transformé son univers en produit plus sage pour rassurer un studio. Le film conserve ce monde jaune, sale, presque maladif, qui faisait déjà la force de la série en ligne. C’est précisément le genre de fidélité qui évite l’adaptation sans âme.
Il a aussi attiré des noms solides, avec Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve dans les rôles principaux. Le résultat a convaincu le public, mais pas seulement, puisque le film affiche 86% sur Rotten Tomatoes. Et quand A24 a commencé à viser des fans avec des réclamations pour droits d’auteur, Parsons a pris leur défense. Le studio a fini par faire marche arrière. Là aussi, le signal est clair, le film n’a pas traité sa communauté comme un risque juridique.
Hollywood répète un vieux réflexe de panique industrielle
Ce qui arrive ensuite ressemble à un classique. Après The Blair Witch Project, les studios avaient surtout retenu le format found footage, pas la singularité du film ni son marketing. On connaît la suite, une poignée de titres marquants comme Paranormal Activity, puis une masse de copies oubliées.
Même mécanique après Halloween ou Friday the 13th, quand le slasher a été vidé de ce qui le rendait intéressant. Bon, Hollywood adore transformer un accident créatif en formule industrielle. Et c’est souvent là que ça casse.
Les prochains projets montrent déjà le malentendu
A24 a déjà décidé de lancer une suite à Backrooms. Le point un peu rassurant, c’est que Kane Parsons la veut aussi. Mais l’horreur a appris, souvent à ses dépens, qu’étendre un univers ne le rend pas automatiquement meilleur.
Le vrai contresens est ailleurs. Les studios semblent croire que le moteur du succès était d’abord la notoriété web. D’où l’adaptation de Siren Head, autre sensation d’internet, avec Zach Cregger à la production. Sauf que Slender Man a déjà montré qu’un phénomène en ligne ne garantit rien si le film ne retrouve pas ce que les fans aimaient au départ. Et la suite de la file est déjà connue, avec The Mandela Catalogue et un long métrage tiré de la SCP Foundation. Ce qui se joue ici dépasse Backrooms, c’est la manière dont une industrie lit, ou rate, un signal culturel.