En bref
- Le final évite le concert attendu
- La série s’éloigne franchement des romans
- Ces écarts servent pourtant mieux la télé
Le plus intéressant avec The Vampire Lestat, c’est peut-être ce paradoxe. La série d’AMC prend ses distances avec Anne Rice, parfois franchement, mais c’est justement là qu’elle trouve sa voix.
Une fin de saison qui déjoue le rendez-vous attendu
Dimanche, la saison s’est refermée à un endroit que peu de lecteurs avaient vu venir. Beaucoup attendaient un final construit autour du grand concert de Lestat, puis du chaos qui devait suivre. La série choisit autre chose.
À la place, elle mise sur des scènes plus intimes, plus émotionnelles, avec de nombreux éléments qui redéfinissent le personnage. On comprend mieux ce que cette saison cherchait à faire avec Lestat, rock star en surface, créature en crise juste dessous. Et elle glisse au passage un teasing assez net sur la suite, au point que la question d’un renouvellement devient presque le vrai suspense.
Lestat ne corrige pas le passé, il se révèle
Le gros écart avec le roman ne tient pas seulement aux événements. Il tient au cadre. Dans le livre, Lestat raconte son histoire comme pour remettre les pendules à l’heure. Ici, la série passe par des enregistrements appelés The Failures, ce qui change le regard.
On reste dans une version très subjective, bien sûr. Mais la série ne rejoue pas le passé de la même manière. Elle montre surtout un personnage qui cesse progressivement de fuir ce qu’il est. C’est plus diffus, moins démonstratif, et franchement plus télévisuel.
Le monde vampirique gagne en relief, même hors chronologie
Autre effet de ces changements, le monde autour de Lestat respire mieux. Le roman se termine avec l’arrivée d’Akasha et l’attaque contre les vampires hostiles à ses révélations. La série s’arrête avant, tout en laissant entrevoir l’après. Résultat, les tensions ont plus d’épaisseur.
Armand, par exemple, apparaît avec une amertume et une noirceur plus visibles. Louis, lui, existe bien davantage que dans cette partie des livres, ce qui rend sa réconciliation avec Lestat plus satisfaisante, même si un détail attendu par certains fans manque à l’appel.
Et il y a le cas Claudia. La séance où Ghost Claudia prend la parole arrive beaucoup plus tôt que dans le canon des romans, puisqu’elle renvoie à Merrick, le septième tome. Mais ce déplacement n’est pas gratuit. Son apparition, et surtout sa fuite hors du cercle de sel, prépare un retentissement émotionnel futur pour Lestat.
Une mauvaise adaptation, peut-être, mais une bonne série
Oui, si vous vouliez une adaptation littérale de The Vampire Lestat, la frustration se comprend. Les années de Lestat avant Louis auraient mérité plus de place. Mais en lâchant l’idée de fidélité stricte, on voit mieux ce que la série réussit.
Louis gagne un vrai rôle. Lestat devient peu à peu son Brat Prince par les actes, pas juste par le discours. Daniel et Armand se déploient avec plus de nuances, et l’installation lente de Raglan James paraît plus crédible que dans les romans. Bref, ce n’est pas exactement Anne Rice. Mais comme série dramatique sur des monstres profondément humains, c’est solide. Et ça dit quelque chose d’assez actuel sur l’adaptation, une œuvre peut trahir son texte d’origine tout en le prolongeant intelligemment.