En bref
- Taylor Sheridan vise ouvertement les critiques
- Landman a servi de terrain de provocation
- Le créateur dit préférer le public aux Emmys
Un créateur ultra-populaire peut donc passer une partie de son énergie à contrarier ceux qui commentent son travail. C’est, en gros, ce que raconte aujourd’hui Taylor Sheridan, patron de Yellowstone et de Landman, qui assume ne pas écouter les critiques, et même parfois écrire contre eux.
Un succès massif, mais une vraie crispation
Ce qui frappe, c’est le décalage. Les séries de Sheridan marchent très fort, sans pour autant rafler les Emmys, et la réception critique n’a rien d’un désastre absolu. Yellowstone a gardé de bons scores sur Rotten Tomatoes, avec une saison 3 montée à 100 %, certes sur seulement sept critiques, tandis que la dernière a terminé à 75 %. De son côté, les deux saisons de Landman sont classées « certified fresh ».
Et pourtant, l’auteur parle comme s’il menait une bataille continue. Une partie du problème vient sans doute des reproches récurrents sur ses personnages féminins, un angle qui l’agace manifestement depuis des années.
Landman comme terrain de provocation
Sur le podcast de Bill Simmons, Taylor Sheridan a été très clair. Il a dit, à propos des critiques, « Les critiques et moi, je me moque de ce qu’ils pensent », avant d’ajouter que cela les agaçait justement parce qu’il n’en avait rien à faire.
L’exemple qu’il choisit n’est pas anodin. Il concerne Demi Moore dans Landman, où son personnage, Cami Miller, reste largement en retrait durant la saison 1 pendant que Monty Miller, joué par Jon Hamm, dirige l’entreprise pétrolière M-Tex. En saison 2, après la mort de son mari, elle reprend les commandes.
Sheridan raconte avoir prévenu Demi Moore que les critiques lui reprocheraient de la sous-utiliser et de mal écrire les femmes, avant de lui expliquer qu’il tuerait son mari pour la placer à la tête de la société. Il admet aussi avoir nourri cette frustration en n’envoyant aux critiques que les trois premiers épisodes, pas davantage. Clairement, l’idée était de les laisser s’énerver sans voir le plan complet.
Une écriture pensée pour retarder la récompense
La logique ne s’arrête pas là. Dans la saison 2 de Landman, Ainsley Harris, incarnée par Michelle Randolph, arrive à Texas Christian University et partage sa chambre avec Paigyn MeesterI, personnage non binaire joué par Bobbi Salvör Menuez. Leur relation se tend, puis s’apaise seulement dans le dernier épisode, quand Ainsley prend sa défense face à des harceleurs.
Selon Sheridan, la chaîne et même certains acteurs lui ont suggéré d’avancer cette réconciliation à l’épisode 9. Lui a refusé, précisément pour provoquer cette impatience, puis offrir la résolution une semaine plus tard.
Le vrai sujet, ce que Sheridan veut raconter
Mais derrière la posture, il y a une ligne assez cohérente. Taylor Sheridan dit raconter des histoires pour un public large, pas pour séduire les jurys. Il résume ça ainsi, « Je suis assez ordinaire et je vais raconter des histoires que des gens ordinaires vont comprendre ». Et il ajoute qu’il ne cherche pas les Emmys, son but étant plutôt de clouer quelqu’un à son canapé, de l’émouvoir, de le faire rire, réfléchir ou trembler.
Reste un détail intéressant. Les critiques ne sont pas les seuls à tiquer. Autour de Yellowstone, pas mal de fans estiment aussi que la série s’est égarée en route. Ce n’est pas un petit point de friction. À moyen terme, la méthode Sheridan pose une vraie question, jusqu’où peut-on écrire contre le bruit extérieur sans finir par user son propre public ?