En bref
- Swamp Thing a duré 72 épisodes sur USA Network
- La série a glissé vers une étrangeté très comics
- Son oubli tient aussi à sa faible disponibilité
On parle sans arrêt des adaptations DC, des grosses machines de streaming, des reboots, des univers partagés. Et au milieu de tout ça, une série a quasiment disparu de la conversation alors qu’elle a quand même tenu 72 épisodes sur trois saisons. Swamp Thing, lancée le 27 juillet 1990 sur USA Network, fait partie de ces objets télé qu’on n’attendait pas forcément brillants, mais qui avaient une vraie personnalité.
Un long parcours, puis le trou de mémoire
C’est ça qui frappe d’abord. On parle d’une série qui n’a pas juste tenté un pilote avant de s’éteindre. Elle a vécu, longtemps à l’échelle des adaptations de comics télé de l’époque. Pourtant, aujourd’hui, presque personne n’y pense.
Dans les années 1980, le genre super-héroïque à la télévision flirtait souvent avec le kitsch. Batman version années 1960 jouait la carte camp à fond, Wonder Woman restait très légère, et Hulk faisait figure d’exception avec une tonalité plus sombre. Swamp Thing, elle, arrivait ailleurs, dans une zone plus instable, parfois sérieuse, parfois franchement bizarre.
Avant la série, Hollywood avait déjà testé la créature
Le personnage n’arrivait pas de nulle part. En 1982, Wes Craven avait déjà signé un film Swamp Thing, devenu culte avec le temps. Ray Wise y incarnait Alec Holland, tandis que Dick Durock prenait le relais une fois la transformation accomplie. Adrienne Barbeau complétait le casting.
Puis il y a eu The Return of Swamp Thing en 1989, encore avec Dick Durock, cette fois aux côtés de Heather Locklear. La série TV a suivi un an plus tard. Elle était développée par Joseph Stefano, connu pour The Outer Limits, avec au départ l’envie de pousser un ton plus sérieux que celui des films.
Quand la série a quitté les rails, elle a trouvé sa vraie identité
Mais ce plan n’a pas tenu longtemps. Après 12 épisodes, Joseph Stefano quitte le navire. Tom Blomquist prend la suite, USA Network allonge la commande jusqu’à 50 épisodes, et la série devient même l’un des programmes les mieux notés de la chaîne.
Résultat ? Une bascule. Plutôt que d’adapter fidèlement les comics, la série utilise Swamp Thing comme point d’entrée vers des récits de science-fiction quasi anthologiques, centrés sur les mystères du marais et des personnages invités. Le casting de passage donnait le ton, avec Tyne Daly, Debby Boone, Summer Phoenix, Wolfman Jack, Adam Curry, mais aussi les catcheurs Terry Funk et Kevin Nash.
L’héritage Alan Moore, sans adaptation directe
C’est là que la série devient intéressante. Elle ne reprend pas directement le run d’Alan Moore, commencé en 1984, mais elle retrouve son goût pour le weird. Moore avait largement éloigné le personnage du simple circuit des super-héros DC, jusqu’à en faire un élémentaire de la Terre, plus profond, plus abstrait aussi.
La série capte cette vibration. Dick Durock reste le protecteur du marais, affronte aussi bien des vilains que des menaces écologiques, et l’ensemble assume des idées franchement éclectiques, parfois drôles, parfois inquiétantes. Clairement, peu de séries de super-héros ont osé ce degré d’étrangeté.
Pourquoi elle a disparu des radars
Son oubli n’a rien de mystérieux. Les films ont longtemps été plus faciles à voir, en DVD comme en streaming. Un dessin animé lancé à peu près à la même période a aussi laissé plus de traces chez certains spectateurs.
Et entre-temps, Swamp Thing est revenu ailleurs, dans des films d’animation comme Justice League Dark ou Batman et Harley Quinn, puis dans une série live-action plus récente, très bien reçue, diffusée sur DC Universe avant d’atterrir sur HBO Max. Du coup, la version 1990 a été recouverte par les couches suivantes. Reste un cas intéressant, parce qu’elle raconte quelque chose de précis sur la télé de super-héros, ce moment où l’étrange pouvait encore déborder du cadre.