En bref
- Le film a subi 44 refus
- Son histoire centrale existait déjà
- Spielberg a débloqué la situation
Quarante-quatre refus. Pour un film dont le scénario est aujourd’hui étudié par des apprentis scénaristes, le chiffre dit quelque chose d’assez cruel sur Hollywood. Sorti le 3 juillet 1985, Retour vers le futur fête ses 41 ans, et son parcours reste presque aussi fascinant que son voyage dans le temps.
Un film évident aujourd’hui, invendable à l’époque
Sur le papier, l’idée n’avait pourtant rien d’opaque. Marty McFly, joué par Michael J. Fox, part accidentellement de 1985 vers 1955 dans une machine conçue par Doc Brown, incarné par Christopher Lloyd. Là, il perturbe la rencontre de ses parents et met sa propre existence en danger.
Mais au début des années 80, le projet tombait entre les cases. Les comédies pour ados misaient davantage sur un humour adulte. La science-fiction, elle, regardait surtout vers l’espace ou des futurs lointains. Ce mélange d’aventure familiale, de paradoxe temporel et d’Amérique des années 50 semblait compliqué à vendre. Columbia Pictures le trouvait trop doux. Disney, de son côté, bloquait à cause de l’attirance de Lorraine, jouée par Lea Thompson, pour Marty.
Le déclic Spielberg, puis le feu vert tardif
Le projet a commencé à bouger quand Steven Spielberg s’y est intéressé sérieusement. Il avait déjà lu le script et aimait le concept. Sauf que Bob Gale et Robert Zemeckis hésitaient à s’appuyer encore sur lui, après deux collaborations de production qui n’avaient pas marché au box-office.
Puis Zemeckis signe le succès de Romancing the Stone. D’un coup, son nom pèse plus lourd. Spielberg rejoint alors officiellement l’aventure, et Universal Pictures, qui avait déjà passé son tour, finit par donner son feu vert. Bref, le film n’a pas été sauvé par une réécriture miracle, mais par un contexte devenu enfin favorable.
Ce qui a changé, et ce qui n’a presque pas bougé
C’est là que le cas devient intéressant. Le cœur du récit était déjà là dès les premières versions, voyage dans le temps, parents à remettre ensemble, risque d’effacement de la ligne temporelle. Pas mal de détails, en revanche, ont été retouchés.
Doc Brown s’appelait d’abord Professor Brown. Jennifer portait un autre nom. Marty était plus opportuniste, motivé par l’argent, et participait avec le savant à un trafic de cassettes VHS pirates. Doc avait même un chimpanzé, Shemp, à la place du chien Einstein. Des petits écarts seulement, mais ils changent tout dans la façon dont on s’attache aux personnages.
De la glacière atomique à l’horloge, le bon choix
Le plus gros basculement concerne la machine à voyager dans le temps. Au départ, pas de DeLorean. L’engin était un réfrigérateur, et le final devait se jouer sur un site d’essai nucléaire dans le désert du Nevada. Visuellement, c’est plus lourd. Et nettement moins élégant.
Le remplacement par la foudre sur l’horloge a donné au film une identité instantanée. Même logique pour d’autres ajustements, George, joué par Crispin Glover, devait devenir boxeur et non écrivain, et Johnny B. Goode devait laisser la place à Rock Around the Clock. Jusqu’au titre, que Universal voulait troquer contre « Space Man from Pluto ». Quand on voit ce qu’est devenu le film, on mesure surtout une chose, les studios ont rejeté non pas une mauvaise idée, mais une bonne idée qu’ils ne savaient pas encore lire. Et ça, dans une industrie obsédée par les cases, ça raconte toujours quelque chose.