En bref
- Dark Fate a plu, mais trop peu vu
- La saga n’a jamais dépassé T2
- Netflix a tenté, sans relance durable
Le vrai problème de Terminator, ce n’est pas seulement l’échec de Dark Fate. C’est que la saga vit depuis des années dans l’ombre de T2, un film qui ressemblait déjà à une fin. Une vraie. Forcément, chaque suite a donné l’impression de rouvrir une porte qui avait été correctement refermée.
Deux films, puis un plafond de verre
En 1984, James Cameron branche Terminator sur la peur nucléaire de la guerre froide. Le concept frappe parce qu’il capte une angoisse très concrète, celle d’un monde détruit par la machine et l’erreur informatique. Le premier film détruit bien le cyborg, mais laisse l’apocalypse en ligne de mire.
Sept ans plus tard, Terminator 2: Judgment Day arrive dans un climat opposé. La guerre froide s’achève, l’idée d’une catastrophe inévitable recule, et le Terminator joué par Arnold Schwarzenegger passe du côté des gentils. Cyberdyne perd la technologie qui devait mener à Skynet, John Connor survit, et la boucle semble bouclée.
Chaque suite a cherché l’époque, sans retrouver l’élan
En 2003, Terminator 3 reflète un autre monde, celui de l’après-11 septembre. La peur a changé de forme, l’internet devient central, et Skynet naît cette fois via un virus en ligne. Le film ose une fin forte, avec une humanité frappée par le feu nucléaire, mais divise pas mal de fans qui n’acceptent ni l’effacement de la fin de T2, ni l’absence de la patte Cameron.
Puis vient Terminator Salvation, qui mise sur la guerre du futur que beaucoup réclamaient. L’idée de départ autour du personnage joué par Sam Worthington tenait la route, l’action aussi, mais la conclusion a plombé l’ensemble. Même dans une franchise de robots tueurs, il y a des limites.
Le piège des reboots à répétition
La série The Sarah Connor Chronicles avait déjà choisi d’ignorer Terminator 3. Le cinéma a suivi avec Genisys, en réécrivant la chronologie encore une fois. Schwarzenegger y affronte une version plus jeune de lui-même, le T-1000 prend les traits de Byung-Hun Lee, et surtout John Connor devient le méchant T-3000.
L’idée d’un multivers devait suivre, avec Matt Smith en incarnation humaine de Skynet. Sauf que le public a surtout rejeté ce twist autour de John Connor. Et quand une saga commence à effacer ses propres épisodes tous les deux films, vous sentez vite la fatigue s’installer.
Dark Fate a peut-être été le bon film au mauvais moment
C’est ce qui rend Terminator: Dark Fate intéressant. Le film repart des deux premiers, ramène Linda Hamilton, implique James Cameron, remplace Skynet par Legion et imagine un Rev-9 qui se fait passer pour un agent de la police des frontières. La future figure du salut est désormais Dani, une jeune Mexicaine, tandis qu’un ancien Terminator, après avoir tué John Connor dans les années 1990, développe peu à peu une forme d’humanité.
Mis en scène par Tim Miller, le film a reçu un accueil correct, 70 % chez les critiques et 82 % côté public sur Rotten Tomatoes. Mais au box-office, c’est l’accident, avec seulement environ 57 millions d’euros (62 millions de dollars) aux États-Unis, pire score des suites. Ceux qui l’ont vu l’ont souvent apprécié. Ceux qui s’étaient sentis floués par Genisys ne sont tout simplement pas revenus.
Une marque encore vivante, mais sans avenir clair
En 2024, Netflix a tenté autre chose avec l’anime Terminator Zero, situé au Japon, sur une timeline alternative. La série a été bien accueillie, jugée étrange et créative, puis non renouvelée. Et James Cameron parle encore d’un nouveau projet, alors même que l’ironie est assez nette, lui qui a alerté sur l’IA s’intéresse aussi à l’IA générative pour ses remasters 4K.
Résultat ? Terminator reste une franchise connue, mais sans direction stable. Et c’est sans doute ça, le plus dur pour elle, pas de manquer d’idées, plutôt de ne plus réussir à convaincre qu’il faut vraiment revenir.