En bref
- Un livre sans intrigue adapté de force
- Le tournage a manqué d’argent très vite
- L’échec commercial n’a pas effacé le film
On voit rarement un film être à la fois un accident industriel et une preuve de cinéma. Les Aventures du baron de Münchausen (The Adventures of Baron Munchausen), signé Terry Gilliam, coche les deux cases.
Un livre qui ne voulait pas devenir un film
Le problème de départ est simple. Les histoires du baron de Münchausen, nées au XVIIIe siècle autour d’un noble allemand porté sur les récits délirants, ne reposent pas sur une intrigue nette. Un exploit absurde, puis un autre. Un saut d’un continent à la lune. Et ainsi de suite.
Le livre qui popularise vraiment ces aventures, publié en 1785 par Rudolf Erich Raspe, ressemble donc moins à un roman classique qu’à une collection de fables énormes. Pour un cinéaste, c’est séduisant visuellement, mais narrativement, c’est un piège.
Gilliam a inventé une colonne vertébrale
Plutôt que d’empiler les anecdotes, Gilliam a construit sa version autour d’un baron vieillissant qui débarque dans une ville assiégée par l’armée ottomane. À ses côtés, une jeune fille, Sally, l’accompagne dans une quête censée sauver la cité.
Ce choix change tout. Le film garde l’esprit des récits extravagants, avec des détours vers la lune et d’autres lieux impossibles, mais il se donne enfin un moteur. C’est la bonne idée du projet, clairement.
Autour de ce noyau, John Neville incarne le baron, Sarah Polley joue Sally, Eric Idle apparaît parmi les anciens compagnons du héros, et Robin Williams surgit en roi de la lune, sous le pseudonyme Ray D. Tutto.
Un tournage trop grand pour son propre budget
Là où beaucoup de films se cassent sur le scénario, celui-ci a surtout failli sombrer sur les comptes. Le budget atteignait environ 22 millions d’euros (23,5 millions de dollars) pour un tournage prévu sur 21 semaines. Sauf qu’à la sixième semaine, l’argent était déjà parti.
Résultat ? Les financeurs ont stoppé la machine. Parmi les coupes les plus parlantes, il y avait une immense séquence sur la lune, d’abord pensée avec des milliers de figurants et Sean Connery en roi. Elle a fini réduite à une version bien plus petite, avec seulement deux personnages.
Et ce n’était pas le seul ajustement. L’équipe a dû revoir certains décors géants, passer par des constructions réduites et des astuces visuelles. En gros, transformer une contrainte budgétaire en solution de mise en scène.
Ce que le film a perdu en argent, il l’a gagné en identité
Sorti aux États-Unis en mars 1989, le film n’a rapporté qu’environ 8 millions d’euros (8 millions de dollars) au box-office américain. Pour une production aussi chère, l’étiquette de désastre financier lui est restée collée pendant des années, et à Gilliam aussi.
Mais l’intérêt du film est ailleurs. Ses effets pratiques, ses créatures étranges, ses décors massifs, cette texture presque artisanale, tout ça lui donne une présence que beaucoup de fantasy plus lisses ont perdue. Vous voyez le travail à l’image, pas seulement l’idée.
C’est sans doute pour ça qu’on en parle encore. Pas comme d’un simple flop, mais comme d’un rappel assez brutal, quand même, qu’adapter un objet ingérable peut produire un film bancal, coûteux, et malgré tout singulier. À l’heure où tant d’univers cherchent la formule parfaite, ce chaos-là a encore quelque chose de précieux.