En bref
- Matthew Libatique voit l’IA arriver chez Marvel
- Son usage viserait surtout la baisse des coûts
- Il ne croit pas au remplacement des acteurs
Les films de super-héros coûtent si cher que l’IA finit presque par s’inviter toute seule dans la discussion. C’est, en gros, la lecture du directeur de la photographie Matthew Libatique, passé par les deux premiers Iron Man, qui estime que Marvel et DC y viendront pour une raison très simple, réduire la facture.
Le vrai moteur, c’est le prix des blockbusters
Interrogé par Variety, Matthew Libatique explique que ces studios fabriquent des films gigantesques, avec une technologie déjà omniprésente, et qu’il comprend donc pourquoi l’IA pourrait être utilisée dans les effets visuels pour contenir certains coûts. L’idée n’a rien d’abstrait. Quand un film engloutit des sommes pareilles, chaque étape du pipeline devient une ligne à optimiser.
On pouvait espérer que le rejet suscité par le générique généré par IA de Secret Invasion refroidisse durablement Marvel. Apparemment, pas vraiment.
Une confusion persiste entre décors numériques et IA
Libatique compare même 300 de Zack Snyder à une sorte de préhistoire de l’IA, parce que le film reposait largement sur des fonds verts et des arrière-plans créés numériquement. Sauf que ce n’est pas la même chose. Un plateau virtuel, Marvel en utilise déjà. Une génération d’images par IA, c’est autre chose.
Dans le cas de 300, il a fallu des humains pour interpréter les dessins de Frank Miller et les transformer en images de cinéma. Ce n’est pas un détail. Le rendu ne copie d’ailleurs pas exactement celui de Sin City, autre adaptation liée au même auteur.
Sur le style, Libatique voit vite la limite
Là où son discours devient plus intéressant, c’est quand il parle de son propre travail. Il juge offensant que des outils cherchent à recréer une photographie à la manière de Matthew Libatique. Et il le dit sans détour, « Tout ce que fait l’IA se ressemble, c’est tellement plastique ».
Il ajoute aussi qu’il ne se voit pas comme un auteur enfermé dans une formule, mais comme quelqu’un qui cherche une histoire à travers ses images. Bref, réduire des années de travail à un preset, ça ne passe pas.
Les acteurs, eux, restent hors de portée
Sur un point, Libatique trace une ligne nette. Pour lui, les performances ne seront pas remplacées de sitôt. Il assure qu’on ne fabriquera pas un personnage en IA capable de faire ce que fait Robert Pattinson. Même logique chez Marvel, qui continue de payer très cher le retour de Robert Downey Jr.
Autrement dit, un visage synthétique comme Tilly Norwood ne va pas prendre la place d’une actrice comme Inde Navarrette demain matin.
Le public aura le dernier mot
Le paradoxe, c’est que Libatique veut quand même explorer ces outils avec Darren Aronofsky, qui a lancé son propre studio dédié à l’IA l’an dernier. Selon lui, des tâches comme la correction de reflets sont déjà envoyées dans d’autres pays pour coûter moins cher, et l’IA pourrait permettre de garder ce travail sur place.
Mais tout ne se jouera pas en salle de montage. Si le public continue de voir l’art généré comme un gadget, ou pire comme une économie visible à l’écran, les studios auront beau essayer, ça coincera. Et pour Marvel, c’est sans doute là que le vrai test commence.