En bref
- Le mythe résiste, pas tous les personnages
- Kirk paraît bien moins solide aujourd’hui
- Le progressisme de la série a ses angles morts
Revoir Star Trek: The Original Series aujourd’hui, c’est mesurer un écart. L’équipage de l’Enterprise reste culte, bien sûr, mais le recul change la lecture. Ce qui passait pour un modèle d’équilibre dans les années 1960 semble parfois nettement plus bancal.
Le vernis progressiste craque un peu
Chez Gene Roddenberry, l’idée de départ était forte, un futur où l’humanité cherche l’échange plutôt que le conflit. Et ça compte encore. Mais en revisionnant la série, on voit aussi ce qu’elle ne montre pas.
Il n’y a pas de personnages queer ou trans, ni même de vraie place donnée à ces identités. Côté femmes, le tableau n’est pas beaucoup plus flatteur, avec des rôles largement subordonnés et plusieurs réflexes sexistes portés jusque dans le noyau de l’équipage. Pour son époque, The Original Series restait très avancée, notamment malgré la censure et les tabous culturels. Mais son progressisme n’était pas aussi large qu’on aime le raconter.
Kirk, héros central mais capitaine très contestable
On retient souvent James T. Kirk comme le visage de Star Trek, presque son héros naturel. Sauf que, vu froidement, le commandement du capitaine a quelque chose d’épuisant.
À plusieurs reprises, Kirk bafoue la Prime Directive, contourne les protocoles et fonce dans des manœuvres qui mettraient n’importe quel équipage au tapis. Le charisme de William Shatner a beaucoup fait pour l’icône. Mais si vous retirez l’aura, il reste un chef impulsif, têtu, souvent mû par son ego. Pas exactement le profil qu’on rêverait de suivre dans l’espace.
Des personnages importants sur le papier, moins à l’écran
Le cas de Sulu dit beaucoup de la série. Personnage aimé, visage marquant de l’Enterprise, il a pourtant très peu de matière dramatique.
D’abord présenté comme physicien du bord, puis redéfini en troisième officier et pilote principal, Sulu évolue peu dans la série elle-même. George Takei expliquait qu’il devait représenter l’Asie dans son ensemble. Le problème, c’est qu’il sert souvent davantage de représentation que de personnage pleinement écrit, avec une vraie capacité d’action. Les films et les romans l’ont enrichi plus tard, pas vraiment la série originale.
Le vrai moteur de la série n’est pas celui qu’on croit
Quand on regarde les meilleurs épisodes, un trio revient sans cesse, Spock, Montgomery Scott et Leonard McCoy. En gros, ce sont eux qui réparent, raisonnent, diagnostiquent et débloquent l’intrigue.
Résultat ? Le reste de l’équipage paraît souvent secondaire. Uhura, Chekhov ou Sulu pèsent moins lourd dans la mécanique des récits, et même Kirk semble dépendre de ce trio. Il y a un autre frottement, d’ailleurs, avec McCoy. Son hostilité répétée envers la nature vulcaine de Spock, et ses remarques sur d’autres espèces, collent mal avec l’idéal d’inclusion que porte Starfleet. C’est peut-être ça, le vrai test du temps, pas le statut culte, mais la façon dont une série tient quand on la regarde sans nostalgie.