En bref
- David Morse juge le film toujours actuel
- Le cœur du récit compte plus que la nostalgie
- Son rôle marquait un virage de carrière
Vingt-cinq ans après, La Ligne verte continue de revenir dans les discussions pour une raison assez simple, et ce n’est pas la seule nostalgie. Pour David Morse, qui y incarnait le gardien Brutus « Brutal » Howell aux côtés de Tom Hanks, le film touche encore juste parce qu’il parle d’injustice, mais aussi de quelque chose de plus rare, une émotion qui dépasse le cadre du cinéma.
Un film qui dépasse son époque
Quand on lui demande pourquoi le long métrage de Frank Darabont reste pertinent aujourd’hui, David Morse cite d’abord le contexte social actuel, notamment ce qui a entouré Black Lives Matter et, plus largement, les injustices. Mais il insiste sur autre chose. Selon lui, si l’on en parle encore un quart de siècle plus tard, c’est surtout parce que le film porte un cœur et une âme qui traversent les années.
C’est sans doute là que La Ligne verte garde sa force. On se souvient de son fantastique, de sa fin douce-amère, de Michael Clarke Duncan. Mais ce qui reste, en gros, c’est son humanité.
Pourquoi Darabont a pensé à David Morse
Le détail est intéressant, parce qu’il dit beaucoup du film. Morse explique avoir été le premier acteur choisi par Darabont, qui l’a appelé directement chez lui. Le réalisateur lui aurait dit, en français, « Je veux travailler avec un acteur qui n’a pas envie d’improviser ». Réponse immédiate de l’acteur, « Non, non, non, Frank, je n’aime pas improviser. Pas avec toi, en tout cas ».
Ils s’étaient déjà croisés sur Two-Fisted Tales pour HBO, mis en scène par Richard Donner. À l’époque, Morse était plus mince. Il pense que Darabont l’a peut-être retenu pour Brutal après l’avoir vu transformé physiquement dans The Crossing Guard, réalisé par Sean Penn, où il avait pris pas mal de poids et de muscle.
Sortir du piège des rôles sombres
Ce rôle n’arrive pas par hasard. Avant ça, David Morse sortait d’une série de personnages peu reluisants dans 12 Monkeys, The Rock et The Long Kiss Goodnight. Jouer un gardien empathique relevait d’un choix très conscient.
Il raconte s’être longtemps senti enfermé par l’image laissée par St. Elsewhere, où il avait passé six ans. On lui proposait toujours le même type de personnage. Il a donc cherché l’inverse, quitte à forcer un peu le trait. Résultat, il s’est éloigné de cette case, clairement.
Dix ans à attendre le bon retour au cinéma
Son parcours explique aussi ce que représente La Ligne verte pour lui. Après ses débuts dans Inside Moves en 1980, Morse pensait pouvoir éviter la télévision et vivre entre scène et cinéma. Ça ne s’est pas passé comme prévu.
Il raconte n’avoir obtenu aucun vrai break après ce premier film, se retrouvant soudain en compétition avec les plus grandes vedettes du moment, dont John Travolta. Il a fini par travailler dix ans à la télévision avant de revenir au long métrage.
Un succès populaire, mais pas seulement
Le film de Warner Bros., sorti en 1999 puis arrivé en 4K UHD en 2022, avait déjà largement trouvé son public avec plus de 263 millions d’euros (286 millions de dollars) au box-office mondial. Adapté de Stephen King, il prenait aussi un autre chemin que The Shawshank Redemption, précédent film carcéral de Darabont.
Ici, le regard passe par les gardiens du couloir de la mort en Louisiane, et par leur tentative de rester humains face à une machine implacable. C’est peut-être pour ça que le film reste si présent. Pas seulement comme classique, mais comme miroir de ce qu’on accepte encore, collectivement.