En bref
- Paul Magrs défend un reboot complet
- Le mystère de Doctor Who se serait évaporé
- La pause actuelle relance le débat
Le plus ironique avec Doctor Who, c’est peut-être ça: une série obsédée par le renouvellement pourrait avoir besoin, cette fois, de quelque chose de beaucoup plus net qu’une simple nouvelle saison. Alors que la BBC a officiellement mis la franchise en appel d’offres, avec à la clé une attente plus longue qu’à l’habitude avant son retour, l’idée d’un reboot complet n’est plus seulement un fantasme de fans.
Une série qui sait trop bien ce qu’elle est
C’est Paul Magrs, auteur très associé aux Wilderness Years et à des personnages comme Iris Wildthyme, qui pousse aujourd’hui cet argument. Selon lui, Doctor Who est devenu trop complexe, trop sophistiqué, et surtout trop chargé en lore.
Son point est intéressant parce qu’il ne dit pas vraiment que cet empilement bloque les nouveaux venus. Le problème, à ses yeux, est ailleurs. Le mystère s’est dissous. Le Docteur entre désormais dans une situation en sachant presque tout de suite à quoi il a affaire, qu’il s’agisse d’un Dalek, des Autons ou des Nestenes. Et quand le héros sait déjà, les intrigues deviennent elles aussi plus méta, plus conscientes d’elles-mêmes, parfois au détriment de l’émerveillement brut.
Le précédent de 2005 ne suffit plus
On comprend d’où vient ce débat si on regarde le redémarrage de 2005. À l’époque, Russell T. Davies avait choisi une méthode assez maligne: alléger le canon, simplifier la continuité, et utiliser la Time War pour remettre la série en mouvement sans la nier.
Mais ce nettoyage a fini par s’estomper. En une vingtaine d’années, Doctor Who est redevenu de plus en plus conscient de sa propre histoire. Et lors du retour de Russell T. Davies pour l’ère Disney+, l’approche a changé: davantage de fascination pour la mythologie, moins de distance avec elle. Les chiffres d’audience, eux, ont rappelé que ce choix n’avait rien d’évident.
Chibnall a vu le problème, pas le remède
Autre détail qui compte, Chris Chibnall a lui aussi laissé entendre qu’il se posait des questions voisines. Sa révélation du Timeless Child, très contestée, cherchait justement à réinjecter de l’inconnu dans la série en réactivant de vieilles pistes abandonnées, avec l’idée que le Docteur était bien plus qu’un simple Time Lord.
Sauf que le résultat a surtout épaissi la machine. Plus de profondeur de lore, pas moins. Et sans un travail de personnages assez fort pour faire passer la pilule, la tentative a donné l’impression d’un diagnostic juste, mais d’un traitement raté.
Pourquoi ce débat compte vraiment
Je trouve l’idée rude, quand même. Pour beaucoup, cette continuité tentaculaire fait partie du charme de Doctor Who. Mais si un auteur du calibre de Paul Magrs en arrive à défendre une solution aussi lourde, on ne peut pas balayer ça d’un revers de main.
Parce que le vrai sujet n’est pas la prochaine saison. C’est de savoir si Doctor Who peut encore tenir dans 60 ans sans se laisser enfermer par sa propre mémoire. Les régénérations et les relances ont longtemps suffi. Peut-être que, cette fois, cela ne suffit plus.