En bref
- Le film fut longtemps mal compris
- La satire fasciste était pensée dès l’origine
- Son excès visuel fait tout le propos
Presque trente ans plus tard, Starship Troopers paraît limpide. En 1997, ça ne l’était pas du tout. Beaucoup de spectateurs ont vu soit un blockbuster idiot, soit une apologie confuse du militarisme, là où Paul Verhoeven fabriquait en réalité une satire si voyante qu’elle en devenait invisible pour une partie du public.
Un malentendu qui a duré des années
Le plus frappant, c’est que cette lecture à contre-sens a aussi touché la critique. Le Washington Post estimait alors que le ton du film était si incohérent qu’il devenait impossible de savoir si son réalisateur se moquait du Troisième Reich ou l’aimait. Aujourd’hui, cette réaction semble presque aberrante. Mais à l’époque, Verhoeven n’avait pas encore cette image de grand satiriste politique, même si RoboCop et Total Recall allaient déjà dans cette direction.
La satire n’est pas née après coup
Une idée tenace raconte que Verhoeven, horrifié par le roman de 1959 signé Robert A. Heinlein, aurait décidé à lui seul de le retourner contre lui-même. C’est plus compliqué. D’après Paul M. Sammon, dans The Making of Starship Troopers, la dimension antifasciste était déjà au cœur du projet grâce au scénariste Edward Neumeier. Celui-ci expliquait qu’il voulait écrire sur le fascisme et montrer un monde qui fonctionne, oui, mais comme une dictature militaire, justement pour déstabiliser le public.
Et Verhoeven n’a pas vraiment contredit cette base. Il racontait à Empire ne pas avoir réussi à finir le livre et avoir demandé à Neumeier de lui en faire le résumé. Ce qu’il en retient, c’est un texte qu’il juge favorable au fascisme, donc un terrain parfait pour forcer le trait. Son objectif, disait-il, était que le public se demande sans cesse si ces gens étaient complètement fous.
Une esthétique fasciste poussée jusqu’à l’inconfort
Le film ne cache rien. Les pubs de recrutement ultra-enthousiastes, les emblèmes de la United Citizen Federation, les uniformes, tout pousse dans la même direction. Verhoeven racontait même au Guardian que les dirigeants de Columbia Pictures avaient tiqué en découvrant le montage final, notamment face au drapeau.
Même logique dans le casting et l’image. La présence de visages très lisses, très blondis, avec Casper Van Dien et Denise Richards, n’a rien d’un hasard. Le réalisateur assumait avoir repris des codes de Triumph of the Will de Leni Riefenstahl, y compris pour le faux journal de propagande qui ouvre le film. Bref, la référence était là, frontale.
Pourquoi le film compte encore aujourd’hui
Sa force est là. Starship Troopers montre une société fasciste séduisante en surface, mais traversée par la guerre totale, la violence de masse et une logique de génocide maquillée en ordre collectif. Brian E. Crim, dans la revue Shofar, note justement que ce futur brillant reste capable du pire sous un vernis politiquement acceptable.
Ce n’est pas un détail dans la carrière de Verhoeven. L’ultraviolence de RoboCop, l’érotisme de Showgirls, le blasphème de Benedetta, tout pointe vers la même méthode. Mais avec Starship Troopers, l’excès devient total. Les héros veulent tuer, humilier, partir en guerre, sans même savoir clairement pourquoi. Et c’est précisément pour ça que le film pèse encore aujourd’hui. Quand une fiction vous paraît trop outrée pour être crédible, il faut parfois regarder le présent d’un peu plus près.