En bref
- Un débat geek de 1995 survit encore
- Kevin Smith n’en est pas l’inventeur
- Stan Lee en donnait déjà la vraie réponse
Trente ans plus tard, une des idées les plus tenaces autour de Superman ne vient ni d’un comics ni d’un film du DC moderne. Elle vient d’une comédie de Kevin Smith. Et c’est assez parlant sur notre époque, on adore disséquer la logique des super-héros jusqu’au point de rupture.
Une vanne de film devenue discussion sans fin
Sorti le 20 octobre 1995, Mallrats était le deuxième long métrage de Kevin Smith, après Clerks. Le film suit Brodie Bruce, joué par Jason Lee, et T.
S. Quint, incarné par Jeremy London, deux amis largués qui traînent dans un centre commercial. Autour d’eux, on retrouve aussi Shannen Doherty, Ben Affleck, Joey Lauren Adams et Stan Lee.
Le film s’est planté au box-office, avec environ 2,1 millions de dollars de recettes, soit environ 2 millions d’euros (2,1 millions de dollars), pour un budget d’environ 6 millions d’euros (6,1 millions de dollars). Mais il a trouvé son public en vidéo. Et surtout, il a laissé une scène culte. Brodie y soutient que Superman ne pourrait pas avoir d’enfants avec Lois Lane, entre spermatozoïdes kryptoniens potentiellement dangereux et grossesse impossible à mener. Sa solution, un préservatif en kryptonite, pose évidemment d’autres problèmes.
Le sujet existait bien avant Kevin Smith
Cette discussion n’est pas née avec Mallrats. Dès 1969, l’écrivain de science-fiction Larry Niven publiait Man of Steel, Woman of Kleenex, un texte qui poussait très loin les conséquences biologiques d’une relation entre Superman et une humaine. Compatibilité génétique, fécondation, dangers de la grossesse, tout y passait.
Le texte est devenu culte, au point d’être republié en 1995 dans Penthouse Comix avec des illustrations de Curt Swan. Plus tard, cette obsession pour la science des super-héros a nourri des livres comme The Science of the X-Men de Link Yaco et Karen Haber, puis The Physics of Superheroes du physicien James Kakalios. En gros, la blague de Brodie touchait un vrai filon culturel.
Ce que Smith avait en tête à l’époque
Kevin Smith a pourtant expliqué qu’il n’avait pas lu le texte de Larry Niven en écrivant Mallrats. Son point de départ venait plutôt de Adventures of Superman Annual #3, paru en 1991, où un futur alternatif montrait Lois Lane mourant en portant l’enfant de Superman.
Et cette simple vanne a eu un autre effet. Elle a attiré l’attention de producteurs liés à un film Superman, ce qui a fini par conduire Smith vers le projet abandonné Superman Lives.
Stan Lee déplace le débat là où il compte
Le plus intéressant, finalement, n’est pas la question elle-même. C’est la façon dont Stan Lee la désamorce. Dans l’un de ses premiers caméos au cinéma, il ne répond pas au débat anatomique de Brodie. Il lui raconte surtout l’histoire d’une femme perdue parce qu’il pensait trop à son travail et pas assez à l’essentiel.
Détail révélateur, le rôle avait d’abord été écrit comme celui d’un faux expert nommé Stan Miller. C’est le producteur Jim Jacks qui a proposé de contacter le vrai Stan Lee. Lee a accepté, mais craignait que sa femme Joan prenne mal cette histoire. Smith a donc ajouté une scène précisant qu’il l’inventait pour aider Brodie à comprendre ce qu’il risquait de perdre avec Rene.
Bref, le film pose une question de super-héros, puis répond avec quelque chose de beaucoup plus humain. On peut débattre pendant des heures de la vie intime de Superman. Mais si la pop culture continue à tourner autour de ces détails, la scène rappelle une chose plus large, notre passion pour les univers fictifs dit souvent pas mal de nos angles morts bien réels.