Pourquoi la trilogie dystopique d’Atwood n’est jamais arrivée sur HBO

Avant le carton de The Handmaid’s Tale, HBO a failli adapter une autre œuvre de Margaret Atwood, bien plus sombre encore.

MaddAddam
MaddAddam — ADN

En bref

  • HBO voulait adapter MaddAddam en 2014
  • Le projet avec Aronofsky a été abandonné
  • La trilogie d’Atwood reste sans série

Le plus frappant, c’est peut-être ça. HBO a réussi à faire de The Handmaid’s Tale un rendez-vous télé majeur, étiré sur six saisons entre 2017 et 2025, mais n’a jamais concrétisé une autre dystopie de Margaret Atwood, pourtant encore plus rude. Et pas un petit projet annexe, non, une adaptation de la trilogie MaddAddam portée par Darren Aronofsky.

Une adaptation qui paraissait presque évidente

En 2014, le cinéaste de Requiem for a Dream préparait donc une version télé des romans d’Atwood. Eliza Clark, dramaturge et scénariste, avait été chargée de l’adaptation. Sur le papier, l’assemblage avait de l’allure, avec un auteur à forte identité et un univers que la télévision premium adore en général explorer.

Mais en 2016, le constat tombe, le projet n’avance plus chez HBO. Il ne sera tout simplement pas lancé.

Le monde de MaddAddam va plus loin que The Handmaid’s Tale

La trilogie réunit Oryx and Crake, The Year of the Flood et MaddAddam. Son futur post-apocalyptique imagine une société dominée par les entreprises, où l’ingénierie génétique a produit des animaux hybrides, avant qu’un prétendu déluge, en réalité une pandémie mondiale, ne rase presque l’humanité.

Le premier roman suit Snowman, qui semble être le dernier humain en vie. Il n’a pour compagnie que les Crakers, des humains génétiquement modifiés de petite taille. Puis le livre remonte le fil, avec Jimmy, le garçon qu’il était avant l’effondrement, ses liens avec Crake, son ami d’enfance devenu le créateur des Crakers, et avec Oryx, sa compagne.

Là où la saga dérange vraiment, ce n’est pas seulement par ses ruines ou ses monstres. C’est par ses détails humains. L’histoire d’Oryx, enfant vendue par ses parents dans un monde désespéré, fait partie des passages les plus durs.

Pourquoi ce matériau résiste à la télévision

Le problème, c’est que MaddAddam n’est pas une dystopie spectaculaire au sens le plus simple. Sa puissance vient aussi de l’intériorité, des souvenirs, des allers-retours, du point de vue des personnages. Adapter ça en une saison de dix épisodes demandait un vrai travail de compression.

Darren Aronofsky expliquait à Vulture qu’il était fascinant de voir comment Eliza Clark transformait cette matière en univers cohérent. Il ajoutait, en français, « Comprendre comment concentrer tout cela en une série de dix épisodes était vraiment compliqué. C’est une œuvre immense, incroyable, et nous essayons simplement de lui trouver le bon foyer ».

Et c’est là tout le nœud. Visuellement, entre les hybrides et les Crakers, il y avait de quoi faire. Narrativement, c’était quand même une bête plus difficile à dompter.

Dix ans plus tard, un rendez-vous manqué qui en dit long

Une décennie après, la série n’existe toujours pas. Aronofsky est parti vers d’autres projets, dont Noah en 2014, autre récit de déluge mais dans un registre biblique. Eliza Clark, elle, a ensuite été showrunneuse de l’adaptation télé de Y: The Last Man en 2021, série de courte durée tirée des comics de Brian K. Vaughan et Pia Guerra.

Ce rendez-vous manqué dit quelque chose de simple. La télévision adore les mondes détruits, mais elle n’absorbe pas toujours les œuvres les plus noires, surtout quand leur force tient moins à l’action qu’au malaise diffus. C’est souvent là que se joue la vraie frontière entre un bon projet et une série qui existe vraiment.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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