IQM entre en Bourse, mais l’informatique quantique reste un pari géant

La pépite finlandaise IQM a fait ses débuts au Nasdaq sur un accueil tiède. Derrière l’entrée en Bourse, un aveu pèse lourd sur tout le secteur.

IQM Quantum Computers
Image d'illustration. IQM Quantum Computers — IQM Quantum Computers / PR-ADN

En bref

  • IQM entre au Nasdaq sans vrai décollage boursier.
  • Le groupe admet que le marché de l’informatique quantique reste incertain.
  • IQM lève 198 millions d’euros pour accélérer.

Le plus frappant, chez IQM, n’est même pas la cloche du Nasdaq. C’est cet aveu noir sur blanc dans son prospectus, la traction commerciale à grande échelle du quantique pourrait ne jamais arriver. Forcément, quand vous entrez en Bourse avec ce genre de phrase dans le décor, l’ambiance change.

Le marché a vu le problème tout de suite

La société finlandaise a bouclé sa cotation via une fusion SPAC, avec une valorisation de 1,9 milliard de dollars. Et l’action n’a pas vraiment célébré l’événement, elle a passé l’essentiel de la séance sous son prix d’introduction. Accueil poli, pas plus.

Bon, les SPAC n’ont plus la cote d’il y a quelques années chez les investisseurs particuliers. Mais ici, le contexte joue à fond. IQM reconnaît elle-même que l’issue industrielle du secteur reste floue, et ce n’est pas le genre de détail que le marché oublie en cinq minutes.

Des clients existent déjà, mais pas encore le grand basculement

Ça ne veut pas dire que l’entreprise vend du vent. IQM commercialise des ordinateurs quantiques, et aussi du temps de calcul dans le cloud. Son patron et cofondateur, Jan Goetz, résume ça ainsi : « Nous vendons des ordinateurs à des centres de supercalcul avancés et à des centres de données, et nous vendons du temps de calcul via le cloud ».

Parmi ses clients, on trouve le VTT Technical Research Centre of Finland et le Leibniz Supercomputing Centre en Allemagne. L’entreprise est passée de 8 clients en 2024 à 22 en 2025, avec au passage deux clients récents venus du privé. C’est propre. Mais on voit aussi la limite, la demande ne changera vraiment d’échelle que lorsque le fameux quantum advantage arrivera, ce moment où les puces quantiques battront franchement les machines classiques sur davantage de tâches complexes, de la biotech à la fintech.

Le souci, c’est que personne ne sait quand. Même pas ceux qui fabriquent les machines.

Les Etats poussent, les investisseurs aussi

Et pourtant, l’argent continue d’affluer. Les investisseurs renforcent leurs paris sur les acteurs du quantique, cotés ou non cotés, pendant que Donald Trump a signé des décrets pour accélérer le calendrier américain. Dans la foulée, le Department of Energy a promis le premier ordinateur quantique tolérant aux pannes et scientifiquement pertinent au monde d’ici 2028.

Pour IQM, ce n’est pas abstrait. La société a récemment ouvert un centre technologique dans le Maryland et déployé une machine à l’Oak Ridge National Laboratory, qui dépend justement du DOE. Jan Goetz estime que l’entreprise peut en bénéficier directement.

Une entreprise européenne qui veut jouer sur deux tableaux

Malgré ça, IQM ne bascule pas son centre de gravité vers les Etats-Unis. Son ticker IQMX au Nasdaq sera doublé d’une arrivée sur Nasdaq Helsinki, avec l’espoir de garder l’appui de Tesi, le fonds souverain finlandais.

Fondée en 2018 à Espoo comme spinout de l’Aalto University, l’entreprise garde un ADN très finlandais. Deux tiers de ses 420 salariés y travaillent encore, une centaine est basée à Munich, le reste étant réparti ailleurs pour soutenir son déploiement mondial. Le board de RAAQ, la société écran qui a porté l’opération, mettait d’ailleurs en avant les plus de 200 millions d’euros de soutien public reçus par IQM et sa capacité à opérer hors d’Europe.

L’opération doit lui apporter environ 198 millions d’euros nets, alors qu’elle avait déjà levé environ 263 millions d’euros en septembre dernier. Et c’est peut-être ça, le vrai message. IQM n’a pas seulement voulu lever des fonds, elle a voulu prendre place, vite, dans une course encore pleine d’inconnues. Face à Pasqal, qui prépare aussi sa cotation via un SPAC, être pionnier compte. Mais clairement, ça ne garantit rien.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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