- La valeur se déplace des modèles d’IA vers les applications, comme lors des cycles web et mobile où les apps captent l’essentiel des profits.
- L’écart entre IA cloud et IA locale se réduit vite, mais il manque encore des usages réellement « killer apps » pour structurer le marché.
- La personnalisation et les services dominent la création de valeur, tandis que la confiance limite l’émergence de super apps et que le réel reprend de l’importance.
Le pari de Chi-Hua Chien est limpide : les plus gros gagnants de l’ère IA ne seront pas ceux qui vendent de l’IA comme un produit en vitrine. Ils seront ailleurs, dans les services qui s’en servent pour rendre l’expérience plus perso, plus utile, plus rentable. Et franchement, la thèse mérite qu’on s’y arrête.
Le modèle devient banal, l’app récupère la mise
Le cofondateur de Goodwater Capital, connu aussi pour avoir repéré très tôt The Facebook chez Accel, voit déjà la couche modèle glisser vers la commodité. Son argument tient sur l’histoire récente de la tech : sur les cycles PC, web et mobile, la valeur finit surtout dans les applications.
Ses chiffres sont parlants. Dans l’ère web, les nouveaux entrants de l’infrastructure ont créé 400 milliards de dollars de capitalisation, quand les apps ont généré 3,1 billions de dollars. Même logique sur le mobile, avec environ 597 milliards d’euros côté infrastructure contre 3,16 billions de dollars pour les applications, de Netflix à Uber, en passant par Spotify, Meta et Airbnb.
Et la guerre des prix a déjà commencé. Google a baissé son abonnement IA de 7,99 dollars à 4,99 dollars, tout en doublant le stockage. Quand un géant peut bundle et casser les prix, le décor change vite.
L’avance du cloud fond vite, mais les usages traînent
Sur le plan technique, Chi-Hua Chien estime que l’écart entre les meilleurs modèles cloud et ceux qui tournent en local sur smartphone fond à vue d’œil. Il parle d’un retard passé de 18 à 24 mois il y a deux ans, à six mois aujourd’hui, avec une cible autour de trois mois d’ici l’an prochain.
Mais il manque encore la killer app. Il compare ça au lancement de l’iPhone en 2007: au départ, tout le monde imaginait surtout des usages web portés sur mobile. Les entrepreneurs ont mis du temps à comprendre ce que l’objet permettait vraiment.
La personnalisation, oui, mais invisible pour l’utilisateur
Son fil rouge, c’est la personnalisation. Bien faite, elle améliore la satisfaction, l’engagement et le revenu moyen par utilisateur. Sauf que le client, lui, n’achète pas une app « IA ». Il achète un service qui marche mieux.
Dans le portefeuille de Goodwater Capital, il cite des boîtes de divertissement comme Triumph, Ritten ou Flow GPT, qui montent vite en revenus récurrents annuels, de 100 à 600 millions de dollars. Même logique dans la santé avec Midi Health, qui utilise l’IA pour élargir l’accès aux soins en santé féminine et traiter des centaines de milliers de patientes à coût maîtrisé.
Le super app à l’américaine, toujours un faux boss
Autre idée forte: les Américains ne confieront pas facilement leur vie sociale et leur argent à la même appli. Facebook a essayé plusieurs fois, avec Facebook Credits, Facebook Pay puis Libra. Sans réussir à construire un vrai super app.
La raison, selon lui, tient à la confiance. On passe du temps sur un réseau social, pas dans son app bancaire. La finance exige une sécurité et une fiabilité sans zone grise. Ce fossé psychologique, il est costaud.
Et le retour du vrai monde n’a rien d’un détail
Dernier point, et pas le moins intéressant: plus l’offre numérique devient infinie, plus le contact humain reprend de la valeur. Goodwater Capital mise là-dessus avec Bump, à Paris, lancé par les fondateurs de Zenly, et avec Fever, basé entre Londres et Madrid.
Des concerts à la bougie à l’expérience Bridgerton, le message est simple. L’IA peut aider à mieux cibler les sorties, les lieux et les gens. Mais ce que les gens veulent, à la fin, ce n’est pas plus d’écran. C’est une bonne raison de sortir.