En bref
- Jodie Whittaker a été annoncée il y a neuf ans
- Le casting a fracturé durablement le fandom
- Le débat porte aussi sur l’ère Chibnall
Neuf ans plus tard, le débat n’a toujours pas refroidi. Et c’est sans doute le signe le plus net que l’arrivée de Jodie Whittaker dans Doctor Who a compté bien au-delà d’une simple régénération.
Un casting qui a fait date
Dans une série bâtie sur le changement, remplacer le Docteur n’a rien d’inhabituel. C’est même le moteur de Doctor Who depuis William Hartnell et Patrick Troughton. Mais en 2017, l’annonce de la Treizième Docteure a déplacé le centre de gravité de la franchise.
L’officialisation de Jodie Whittaker passait par une vidéo sobre, avec la clé du TARDIS apparaissant dans sa main, un clin d’œil discret aux deux premiers épisodes de son ère, où le Docteur se retrouvait séparé de son vaisseau. Les bookmakers l’avaient anticipée, oui, mais voir la première femme Docteur devenir réalité restait un moment de canon pur.
La série préparait ce terrain depuis longtemps. Tom Baker avait déjà lancé, presque en plaisantant, que son successeur pourrait être un homme ou une femme. Puis Michelle Gomez, avec Missy, avait confirmé à l’écran que les Seigneurs du Temps pouvaient changer de genre en se régénérant.
Quand la série a quitté la fiction pour la guerre culturelle
Le plus frappant, c’est peut-être là. Le débat ne s’est pas arrêté aux fans.
Doctor Who a toujours eu une fibre politique, entre critiques de la taxe de Margaret Thatcher, histoires liées au marché commun européen ou épisodes sur la pollution. Même The War Machines, un récit de l’ère Hartnell, semble aujourd’hui faire écho aux discussions sur l’IA. Mais cette fois, la polémique est allée jusqu’au Parlement britannique.
Le député conservateur Nick Fletcher a estimé que ces « remplacements féminins » privaient les garçons de modèles. Peter Davison, le Cinquième Docteur, s’est d’abord dit un peu triste à l’idée que le personnage ne soit plus un repère pour les garçons. En face, Colin Baker a balayé cet argument, jugeant absurde l’idée qu’un modèle doive avoir un genre précis. Depuis, Davison a pris ses distances avec sa critique initiale, convaincu par l’interprétation de Whittaker.
Le vrai problème n’était peut-être pas le casting
Car la fracture ne vient pas seulement de là. L’ère Whittaker a aussi coïncidé avec une période jugée plus faible sur le plan de l’écriture et de la mise en scène, avec une audience en nette baisse après ses débuts.
Sous la houlette de Chris Chibnall, les tabloïds ont beaucoup parlé de série devenue « woke ». Pourtant, ce qui ressort de plusieurs épisodes, c’est plutôt un Docteur moins mordant face aux figures d’autorité. Bref, le procès en progressisme cache parfois un autre sujet, plus concret, la qualité d’exécution.
Un virage progressiste surtout en surface
C’est là que l’ère Chibnall devient vraiment étrange. Dans Kerblam!, résumé mordant de Darren Mooney, la Treizième Docteure finit par sauver une sorte d’Amazon spatial en soutenant que le problème ne vient pas du système. Dans Rosa, elle reste surtout témoin du racisme, au point d’obliger un compagnon à participer à un moment de préjugé pour préserver le cours de l’histoire.
Et puis il y a le Timeless Child. Ce retcon révèle des incarnations antérieures à William Hartnell, dont la Fugitive Doctor de Jo Martin. Le personnage plaît à beaucoup, mais l’effet est paradoxal. Introduire Whittaker comme première femme Docteur, puis suggérer qu’elle ne l’était pas vraiment, affaiblit la portée symbolique du moment.
Neuf ans après, la vraie question n’est donc pas seulement celle du casting. C’est celle d’une franchise qui, en voulant incarner le changement, a montré à quel point la bataille culturelle se joue aussi dans les détails d’écriture.