En bref
- Psychose montre la première chasse d’eau hollywoodienne.
- D’autres scènes jugées sulfureuses n’étaient pas inédites.
- Hitchcock a transformé ce détail en réalisme troublant.
Voir une chasse d’eau au cinéma, aujourd’hui, ça n’a rien d’intéressant. En 1960, dans Psychose, c’était assez pour entrer dans l’histoire de Hollywood.
Le paradoxe est là. On retient le film pour sa douche, son meurtre sidérant au milieu du récit, ou pour la manière dont Alfred Hitchcock tue sa plus grande star, Janet Leigh, bien avant la fin. Mais la vraie première historique, celle que beaucoup oublient, tient dans un plan minuscule, presque domestique.
Un film scandaleux, mais pas pour les raisons qu’on croit
À sa sortie, Psychose passait pour un objet assez violent et sexuellement provocant. Ce n’était pas un hasard. Après North by Northwest, Hitchcock voulait bifurquer, a mis la main sur le roman de Robert Bloch, puis a même fait racheter autant d’exemplaires que possible pour protéger ses twists.
Le film jouait aussi avec les nerfs du public avant même la séance. Interdiction d’entrer en retard, affiche du réalisateur pointant sa montre, et même des infirmières dans certains halls de cinéma au cas où un spectateur tournerait de l’œil. Le genre de coup marketing très malin, et très hitchcockien.
Le soutien-gorge, le lit, Norman Bates : trois fausses pistes
On pourrait croire que la nouveauté venait de la scène d’ouverture dans la chambre d’hôtel. Janet Leigh y apparaît en soutien-gorge et jupon, allongée avec son amant. C’était osé pour l’époque, surtout avec une grande vedette hollywoodienne mise en avant jusque sur l’affiche. Mais ce n’était pas une première.
Même logique pour le lit partagé par un couple non marié. Les censeurs ont bien demandé des changements, et Hitchcock les a contournés en organisant un faux rendez-vous de reshoot auquel ils ne sont jamais venus. Sauf que là encore, le cinéma avait déjà commencé à fissurer la règle.
Et puis il y a Norman Bates, perruque sur la tête et vêtements de sa mère sur le dos. Sujet sensible, forcément. Le travestissement n’avait pourtant rien d’inédit à l’écran. Ce qui a surtout marqué, c’est l’association durable entre trouble mental, meurtre et identité de genre, un héritage qui fait encore débat.
La vraie première de Psychose était dans la salle de bains
Le vrai cap franchi par Psychose, c’est donc la toilette qu’on voit et qu’on entend tirer. Avant ça, les toilettes existaient parfois dans le décor, mais la combinaison image plus bruit restait évitée par les gardiens du code de production.
Juste avant sa douche fatale, Marion déchire une note compromettante, la jette dans la cuvette et tire la chasse. Hitchcock avait remplacé un anneau perdu du roman par ce papier déchiré pour ajouter du réalisme. Un détail bête, presque trivial. Mais un détail qui ancre la scène dans le quotidien, donc dans quelque chose de plus dérangeant.
Le pari personnel d’Hitchcock a payé
Ce plan n’existe pas dans n’importe quel film. Paramount ne voulait pas produire Psychose, si bien que Hitchcock l’a financé lui-même, a renoncé à son cachet habituel et a tourné en noir et blanc avec l’équipe de sa série télé pour limiter les coûts.
Résultat, un énorme succès et un film devenu central dans l’histoire du cinéma d’horreur. On attendait un choc. On a eu ça, oui, mais aussi autre chose. La preuve qu’un basculement culturel peut parfois tenir dans un geste banal, celui qu’on fait sans y penser en sortant de la salle de bains.