En bref
- Un plan clé avec des dauphins était accidentel
- Christopher Nolan a tourné en pleine mer
- Le réalisme du film vient aussi de là
Tourner en pleine mer, c’est accepter qu’un film vous échappe un peu. Dans le cas de The Odyssey, ce pari a offert à Christopher Nolan l’un de ses plus beaux plans, complètement imprévu.
Le documentaire The Odyssey: The Making of an Epic, disponible sur Peacock, revient en détail sur cette fabrication compliquée. Et il montre bien le contraste. D’un côté, un cinéaste réputé pour tout contrôler. De l’autre, des journées passées au large, avec des bateaux, du vent, de l’eau, et une équipe coincée ensemble jusqu’au prochain plan.
La mer a imposé sa loi
Pour les scènes nautiques, le confort classique d’un plateau n’existait plus. Matt Damon, qui incarne Odysseus, raconte qu’une fois sur le bateau, personne ne pouvait s’éclipser, s’asseoir ailleurs ou retourner dans une loge. Ils étaient tous au milieu de l’océan, à attendre la suite.
Ça peut sembler anecdotique. Ça ne l’est pas. Christopher Nolan bannit déjà plusieurs choses de ses tournages, dont les téléphones et le tabac, pour garder le travail au centre. Là, le décor faisait encore plus que ça, il imposait un rythme, une fatigue, une tension très concrète. Et ce genre de contrainte, à l’écran, se sent souvent tout de suite.
Le plan des dauphins n’était pas écrit
Le moment le plus parlant vient de Nilo Otero, premier assistant réalisateur. Pendant un gros plan sur Matt Damon, alors que le personnage regarde vers la route du navire, un dauphin surgit dans le cadre.
Nilo Otero résume la scène ainsi : « On faisait un gros plan, Matt regardait là où le navire se dirigeait, et un dauphin a traversé le cadre d’un bond. Franchement, ça, ça n’arrive pas dans un bassin. Et heureusement, on avait cette grande caméra IMAX, et on l’a enregistré. »
Résultat ? Un plan impossible à programmer vraiment, mais parfaitement capté grâce à la caméra IMAX déjà en place.
Pourquoi Nolan a accepté cette difficulté
Dans le documentaire, Christopher Nolan explique qu’au moment d’adapter le scénario, il espérait presque réduire le temps passé sur les bateaux. Mais c’est The Odyssey. Ils ont donc passé des mois dessus, comme il le dit lui-même.
Il ajoute aussi que le vrai problème du film venait de ces lieux extraordinaires, difficiles d’accès et compliqués à filmer. Les bateaux entraient pleinement dans cette logique. Le parallèle avec Jaws de Steven Spielberg saute aux yeux, même si chacun l’a fait à sa manière : préférer l’océan à un réservoir, parce que l’image y gagne quelque chose de brut.
Ce que cette méthode change à l’écran
Ce réalisme ne tient pas qu’aux dauphins. Une partie de l’équipe, notamment ceux qui jouent les hommes d’Odysseus, a réellement ramé sur ces énormes navires, avec très peu d’aide de moteurs dissimulés. Beaucoup d’acteurs sont même passés par un camp d’aviron pour apprendre à manœuvrer ces embarcations en mer.
C’est exténuant, clairement. Mais c’est aussi ce qui donne au film cette sensation d’épopée à la fois usante et grisante. The Odyssey, déjà succès critique et commercial après Oppenheimer et son Oscar du meilleur film, profite ici d’un hasard qui dit quelque chose de plus large. Dans un cinéma souvent lissé, laisser un peu de réel entrer dans le cadre peut encore produire des images qu’on n’invente pas en studio. Le film est actuellement en salles.