En bref
- L’administration Trump a demandé à Anthropic de restreindre l’accès à certains modèles d’IA sensibles, poussant l’entreprise à retirer Mythos 5 et Fable 5.
- Malgré cette controverse, Anthropic continue de gagner du terrain auprès des entreprises et a enregistré un niveau d’adoption record.
- Anthropic prépare son introduction en Bourse, mais son bras de fer avec Washington pourrait compliquer la suite.
Se faire cibler par la Maison-Blanche n’a visiblement pas refroidi les clients d’Anthropic. C’est même tout l’inverse qui ressort des données de Ramp, alors que la boîte vient de retirer du marché ses modèles Mythos 5 et Fable 5.
Le clash politique qui a tout fait dérailler
Vendredi, l’administration Trump a envoyé une lettre exigeant qu’Anthropic empêche les non-Américains, y compris ses propres salariés, d’accéder à ses modèles les plus sensibles. Sont visés Mythos 5, diffusé à un cercle limité, et Fable 5, une version plus verrouillée mise à disposition du public trois jours plus tôt.
Résultat, Anthropic a retiré ces deux modèles. Officiellement, la Maison-Blanche s’appuie sur une obscure directive de contrôle des exportations. Mais la raison précise reste floue. Le bruit qui circule, c’est que des hackers auraient contourné assez facilement les garde-fous de Fable 5, censés empêcher d’atteindre les capacités de Mythos. Un modèle présenté par Anthropic lui-même comme dangereux, notamment pour sa capacité à dénicher des failles de sécurité dans du code.
Les chiffres disent l’inverse de ce qu’on attendait
Et pourtant, côté business, ça monte. Ramp, qui observe plus de 70.000 entreprises utilisant sa plateforme, explique qu’Anthropic a signé en mai son meilleur mois à ce jour en adoption par les entreprises.
Sa part des abonnements IA payés par les clients de Ramp a progressé de 2,5 points pour atteindre 41%. En face, OpenAI est à 39,5%, quasiment stable sur un mois. Oui, OpenAI reste largement devant sur l’usage grand public selon de nouvelles données de Sensor Tower. Mais dans les boîtes, le rapport de force bouge.
Ara Kharazian, économiste en chef chez Ramp et auteur de ces données, estime même que cette passe d’armes pourrait profiter à Anthropic. Il a expliqué à TechCrunch que « si quoi que ce soit, cela va probablement les booster », en rappelant que le meilleur mois d’Anthropic avait déjà coïncidé avec le moment où le Département de la Défense l’avait qualifié de risque pour la chaîne d’approvisionnement. L’aura du modèle trop dangereux, en gros.
Pourquoi les clients restent, même sans les nouveaux modèles ?
Le point important, c’est que les entreprises ne misaient pas seulement sur Mythos. L’essentiel de la dépense passe par les appels API, donc l’usage réel des modèles, surtout pour des tâches comme le code. Et Claude Code a déjà une solide réputation sur ce terrain.
Quand Ramp peut voir quel modèle est utilisé, ce qui arrive sur environ un tiers des transactions, les entreprises paient surtout pour différentes versions de Claude Opus, en particulier les plus récentes. Opus reste ouvertement disponible, et une nouvelle version, Opus 4.8, a été lancée fin mai. Pas mal de clients étaient donc déjà ailleurs. D’autant que Mythos n’était accessible qu’à des utilisateurs limités depuis avril, et que Fable 5 n’a tenu que quelques jours.
Une IPO en vue, avec un vrai caillou dans la chaussure
Ce timing est quand même assez fou. Fin mai 2026, Anthropic a dépassé OpenAI en part de marché sur les dépenses IA des entreprises, toujours selon Ramp. La société a aussi levé 65 milliards de dollars sur une valorisation de 965 milliards de dollars, puis déposé confidentiellement un dossier d’introduction en Bourse en juin, porté, selon les informations citées, par son premier trimestre rentable.
Le vrai point de tension, maintenant, c’est la suite. Les données ne permettent pas de mesurer le choc financier direct du retrait de Mythos 5 et Fable 5. Et les marchés aiment rarement les boîtes qui se chamaillent avec le gouvernement. Mais sur les modèles encore disponibles, le message est limpide : Anthropic n’a jamais été aussi fort chez les pros.