En bref
- La série colle trop au jeu
- Le résultat évoque parfois un remake
- L’épisode 3 montre une meilleure voie
Vous pouviez attendre d’une adaptation de The Last of Us qu’elle change de langage en changeant de média. Or la série de HBO, malgré ses qualités évidentes, donne souvent l’impression inverse. Elle est solide, bien jouée, parfois superbe. Mais à force de rester collée au jeu, elle ressemble moins à une vraie adaptation qu’à un remake en live action.
Une fidélité qui finit par poser question
Sur le papier, le terme adaptation paraît juste. L’histoire quitte le jeu vidéo pour la télévision. Sauf qu’en pratique, la frontière devient floue. Quand une œuvre traverse un média pour simplement reproduire la même histoire, la même esthétique et parfois presque le même découpage, on n’est plus très loin d’une traduction littérale.
Le cas de The Last of Us est encore plus net parce que Neil Druckmann, créateur du jeu, est très impliqué dans la série, jusqu’à écrire et réaliser certains épisodes. Avec Craig Mazin, il a expliqué ne pas vouloir raconter d’histoires au-delà des jeux. Résultat, la série porte moins une nouvelle vision qu’un transfert d’un support à l’autre.
Pourquoi les adaptations ont peur de changer
Cette prudence ne sort pas de nulle part. Elle dit quelque chose d’Hollywood aujourd’hui, et aussi des fandoms. L’idée selon laquelle l’œuvre d’origine serait forcément meilleure, le fameux réflexe du livre supérieur au film, a fini par contaminer bien plus que les romans.
Comics, biopics, séries transformées en films, films transformés en séries, jeux vidéo, tout passe sous la même surveillance. Et on comprend aussi pourquoi Mazin et Druckmann verrouillent leur promesse de fidélité. Les dérives à rallonge de The Walking Dead ou la fin de Game of Thrones, partie sur sa propre route avant que George R.R. Martin n’achève ses livres, ont laissé des traces.
Le jeu vidéo copie déjà le cinéma, et inversement
Le vrai nœud est là. Les jeux vidéo modernes parlent déjà le langage du cinéma. Naughty Dog, dont Druckmann est coprésident, a largement poussé cette logique avec des récits centrés sur les personnages, des cinématiques très travaillées et une mise en scène qui emprunte à la télé comme au film.
Dans The Last of Us, les séquences non jouables ne servent pas juste de colle entre deux phases d’action. Elles sont le cœur du spectacle, portées par la performance capture de Troy Baker et Ashley Johnson, dans une logique proche de celle d’Andy Serkis au cinéma. Et comme le récit change peu selon votre niveau ou votre manière de jouer, la version télé n’apporte pas naturellement un grand écart de forme.
Quand la série s’autorise un vrai détour, elle respire
C’est là que la série frustre un peu. La mort de Tess dans l’épisode 2 reprend les mêmes circonstances, le même décor, presque le même blocage des corps et des cadres. Comme si le jeu servait directement de storyboard. Même constat pour Sarah, puis pour l’arrivée de Henry et Sam, alors qu’à ce stade on peut déjà deviner une bonne partie de leur destin.
Mais tout n’est pas figé. L’épisode 3, centré sur Bill et Frank, montre l’inverse. La série reste fidèle à l’esprit, tout en remixant vraiment la matière. C’est là qu’elle devient plus émouvante, plus surprenante, et franchement plus vivante. Pour la suite, l’enjeu est simple. Pas refaire le jeu, mais lui répondre.