En bref
- Enterprise a sous-écrit Travis Mayweather
- Son passé promettait pourtant mieux
- Son seul épisode reste mineur
Le plus étrange avec Star Trek: Enterprise, c’est peut-être ça. La série suivait un vaisseau d’exploration, mais elle a presque ignoré celui qui connaissait déjà le mieux l’espace, Travis Mayweather.
Un concept solide, presque jamais exploité
Sur le papier, Travis Mayweather avait tout pour exister. Dans la chronologie de Star Trek, Enterprise se déroule un siècle avant la série originale, à une époque où les humains maîtrisent déjà le voyage plus rapide que la lumière, mais restent freinés par les Vulcains, peu confiants sur leur capacité à ne pas semer le chaos.
Pendant ce temps, des cargos plus lents sillonnent déjà l’espace sur de longues durées. Travis Mayweather vient de là. C’est un boomer, donc un humain né dans l’espace, élevé à bord d’un cargo par ses parents pilotes. En gros, il a passé plus de temps dans le vide spatial que tous ses supérieurs, y compris le capitaine Jonathan Archer.
Il y avait là une vraie idée de série. Un jeune officier capable de remettre en cause les décisions du commandement, non par insolence mais par expérience concrète. À l’écran, rien de tout ça ou presque. Travis Mayweather reste surtout le jeune pilote souriant, gentil, sans ennuis et, franchement, sans vraie prise sur le récit.
Enterprise suivait pourtant une méthode bien connue
Ce raté compte d’autant plus que la franchise savait faire autrement. À partir de la saison 3 de Star Trek: The Next Generation, lancée en septembre 1989, l’arrivée de Michael Piller et Ronald D. Moore pousse la série vers une logique plus centrée sur les personnages. Avant, les intrigues regardaient surtout Jean-Luc Picard ou l’équipage dans son ensemble. Après, chacun obtient ses épisodes.
Cette mécanique continue avec Deep Space Nine, puis Voyager, et jusqu’à Enterprise, pourtant un peu plus ambitieuse avec ses arcs sur plusieurs épisodes et ses fils de saison. La série a bien trouvé de la matière pour Hoshi Sato, les questions médicales de Dr. Phlox ou l’étrange grossesse alien de Trip Tucker. Mais pas pour Travis Mayweather.
Horizon, son seul vrai épisode, regarde ailleurs
Il n’a eu qu’un épisode vraiment à lui, Horizon. L’USS Enterprise croise l’ECS Horizon, le vaisseau où Travis Mayweather a grandi. Il demande une permission pour s’y rendre et découvre que son père est mort six semaines plus tôt.
Sa mère, Rianna, l’accueille à bord. Son frère, Paul, beaucoup moins. Devenu capitaine après le décès de leur père, il se montre nerveux, hésitant, peu solide. Travis Mayweather tente d’aider en modernisant les systèmes du cargo grâce à ce qu’il a appris sur l’Enterprise. Puis des pirates surgissent, et les deux frères s’opposent sur la réponse à adopter, riposter ou fuir.
Le problème est là. L’épisode développe surtout Paul. Travis Mayweather, lui, se réconcilie avec son frère, mais n’apprend pas grand-chose et n’évolue presque pas. Même sa fenêtre de tir se voit grignotée par une intrigue secondaire où Trip Tucker organise une soirée cinéma autour de Frankenstein.
Le symptôme d’un personnage resté au bord du cadre
Résultat, Travis Mayweather reste sans arc, avec peu de dialogues marquants et presque aucune relation vraiment définie avec le reste de l’équipage. Ce n’est pas un problème de casting. Anthony Montgomery fait le travail demandé, rien de moins.
Mais la série ne trouve jamais quoi faire de lui. Et c’est ce qui rend le cas intéressant aujourd’hui. Dans une franchise qui a bâti sa force sur l’attention portée aux individus, oublier un personnage principal à ce point dit aussi quelque chose des limites d’Enterprise, même quand ses ambitions étaient réelles.