Pourquoi le Superman de Nicolas Cage s’est écroulé avant le tournage

Le film Superman porté par Nicolas Cage avait un réalisateur, des décors et des costumes. Il a pourtant été abandonné après des années de chaos.

Superman
Image d'illustration. Superman — DC / PR-ADN

En bref

  • Warner Bros. a changé de cap sans cesse
  • Le script a été réécrit pendant des années
  • Le budget est devenu trop lourd

Un blockbuster peut avoir une star, un réalisateur, des costumes, des décors, et quand même mourir avant le premier clap. C’est exactement ce qui est arrivé à Superman Lives, le projet avorté de Nicolas Cage en Superman, devenu depuis une sorte de légende industrielle chez DC.

Un film lancé trop tôt, sans vraie colonne vertébrale

Au départ, Warner Bros. voulait relancer Superman après l’effondrement de la saga, plombée par Superman IV en 1987. Le studio rachète les droits au producteur Alexander Salkind en 1993, porté par le succès des Batman de Tim Burton. L’idée paraît simple. La mise en route, beaucoup moins.

Le premier script est confié à Jonathan Lemkin, mais sa version ne convainc pas. Warner la juge trop proche, dans ses thèmes, de Batman Forever de Joel Schumacher. Gregory Poirier reprend alors le dossier, avant qu’un troisième auteur, Kevin Smith, soit appelé pour repartir de zéro.

Et même là, le studio impose déjà ses marqueurs, notamment la mort de Superman, pour surfer sur l’arc culte des comics de 1992 avec Doomsday. Smith livre un premier jet en 1996, puis un second l’année suivante. Sur le papier, le film tient enfin quelque chose, d’autant que Nicolas Cage, alors en pleine lumière après Con Air et The Rock, adore cette version.

Entre jouets, ego et araignée géante, personne ne tenait vraiment la barre

Le vrai problème, c’est que personne ne semblait piloter le film du début à la fin. Warner Bros. pense déjà produits dérivés, ventes de jouets et design rentable. Dans ce cadre, le producteur Jon Peters pèse lourd, très lourd même, sur l’écriture.

C’est lui qui pousse plusieurs idées devenues mythiques pour de mauvaises raisons. La plus célèbre, ce combat entre Superman et une araignée géante, recyclé bien plus tard dans le caméo numérique de Nicolas Cage dans The Flash. Un clin d’œil, oui, mais à un fiasco en préparation.

Puis Tim Burton arrive. Après l’accueil tiède de Mars Attacks, il cherche un projet plus commercial. Selon Nicolas Cage, c’est lui qu’il voulait pour réaliser le film. Sauf que Burton n’aime pas vraiment le script de Kevin Smith et obtient le droit de repartir, là aussi, de zéro. Résultat, en 1997, le film entre enfin en préproduction après quatre ans de développement chaotique.

Le budget a explosé, puis Warner a perdu confiance

Avec Burton, un quatrième scénariste entre en scène, Wesley Strick. Le projet change même de nom pour devenir Superman Reborn. Mais les interférences continuent. Strick racontera que Jon Peters l’appelait pour imposer un jet-pack, un vaisseau en forme de crâne ou d’autres détails dictés en partie par les fabricants de jouets. L’artiste Sylvain Despretz décrira un producteur qui imposait sa vision en criant et avec des remarques absurdes.

Pendant ce temps, le budget grimpe entre environ 129 et 175 millions d’euros (140 à 190 millions de dollars), alors que Warner Bros. a déjà dépensé environ 28 millions d’euros (30 millions de dollars) en développement. Pour la fin des années 1990, c’est énorme. Clairement trop.

En 1998, les bureaux de production ferment. Pourtant, les costumes existent, les décors aussi, et Pittsburgh devait servir de base à la Metropolis de Burton. Mais l’échec critique de Batman et Robin, la volonté du co-président Terry Semel d’éviter les gros films événementiels, et l’absence d’un script vraiment aimé ont achevé le projet. Bob Daly le résumera sèchement, « Nous n’avions pas un script que nous aimions, et le budget était trop élevé ».

Ce ratage raconte quelque chose de plus large. Bien avant l’ère actuelle des franchises sous tension, Warner avait déjà un film de super-héros piloté par la peur, le merchandising et les réécritures. On connaît la suite, ou plutôt le symptôme : parfois, Hollywood annule un film. D’autres fois, il le laisse vivre juste assez longtemps pour devenir un fantôme.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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