Pourquoi Superman Lives avec Nicolas Cage a été annulé ?

Image d'illustration. SupermanADN
Un film jamais tourné, mais dont le chaos créatif reste légendaire.
Tl;dr
- Warner Bros a tenté de relancer Superman dans les années 1990 avec Superman Lives, mais le projet a échoué.
- Multiples scénaristes et exigences farfelues (comme une araignée géante) ont conduit à un chaos créatif et à un budget explosif.
- Finalement, après plusieurs réécritures et pressions commerciales, le film a été annulé, ne laissant qu’un mythe inachevé.
Retour sur l’échec de Superman Lives
Alors que l’on se souvient du caméo étonnant de Nicolas Cage dans The Flash, affrontant une araignée géante dans un effet spécial peu convaincant, peu connaissent la véritable histoire derrière ce clin d’œil. Cet hommage étrange renvoie en réalité à un projet avorté qui hante encore les couloirs de Warner Bros. Pictures : celui de Superman Lives. À la fin des années 1990, le studio rêvait de redonner vie à l’Homme d’Acier au cinéma, fort du succès de ses adaptations de Batman réalisées par Tim Burton. Mais le rêve a viré au fiasco.
Des scénaristes en cascade et une vision introuvable
Dès l’acquisition des droits auprès d’Alexander Salkind, le chantier s’annonce complexe. Si le studio veut reproduire l’alchimie opérée pour Batman, il s’y prend mal. Plusieurs scénaristes se succèdent : Jonathan Lemkin, puis Gregory Poirier, ensuite Kevin Smith, tous contraints de composer avec des exigences déconnectées, entre hommage aux comics (la mort de Superman) et demandes commerciales absurdes. Par exemple, la présence obligatoire d’une araignée géante — idée fantasque imposée par le producteur Jon Peters.
Lorsque finalement Tim Burton accepte de prendre les rênes, séduit par la perspective après un revers sur Mars Attacks, il rejette le scénario précédent pour imposer sa propre patte. Un quatrième auteur, Wesley Strick, est alors recruté, rebaptisant même le projet « Superman Reborn ». La direction artistique tangue sous la pression incessante des partenaires commerciaux, les jouets occupant une place centrale dans chaque décision majeure.
L’empilement des contraintes… jusqu’à l’explosion budgétaire
Dans ce capharnaüm créatif, personne ne semble véritablement diriger le navire. Le scénario évolue en permanence, chaque version intégrant des requêtes parfois extravagantes dictées par les impératifs de merchandising ou d’image. Selon plusieurs témoins de la production, dont l’artiste Sylvain Despretz, c’est bien Jon Peters, plus que quiconque, qui impose son tempo… et ses lubies.
Progressivement, le budget gonfle démesurément : on évoque entre 140 et 190 millions de dollars – colossal pour l’époque. Les dépenses préalables atteignent déjà 30 millions avant même la première prise de vue. Malgré la présence d’un acteur bankable comme Nicolas Cage, tout s’enlise.
Voici quelques éléments qui expliquent cette dérive :
- Désaccords artistiques persistants entre équipe créative et producteurs.
- Multiples réécritures et changements constants de direction.
- Besoins commerciaux prenant souvent le pas sur l’histoire.
L’abandon inévitable d’un rêve trop coûteux
Finalement, alors que décors et costumes sont prêts, la sortie calamiteuse du très critiqué Batman & Robin refroidit davantage les ambitions du studio. Face à un marché frileux et à une politique interne qui bascule vers les productions à moindre risque financier, les dirigeants coupent court : comme l’a résumé Bob Daly (The Greatest Sci-Fi Movies Never Made) : « Aucun scénario ne nous satisfaisait, et le budget était trop important ». En somme, Superman Lives n’aura jamais vu le jour — restant pour toujours ce mythe cinématographique inachevé dont seul un caméo numérique improbable assure aujourd’hui la mémoire auprès du grand public.