En bref
- Ron Moore a quitté Star Trek frustré
- DS9 a nourri l’ADN moral de BSG
- Voyager lui a montré quoi éviter
Le moment clé, ce n’est pas l’arrivée de Battlestar Galactica en 2004. C’est la sortie de route de Ronald D. Moore sur Star Trek: Voyager. En quelques semaines, il touche du doigt un problème simple, mais fatal pour une série de SF, des personnages sans cap clair et une promesse de départ que personne ne veut vraiment explorer.
Le déclic, quand Star Trek se referme
Sur le papier, Voyager avait pourtant de quoi devenir le Star Trek le plus feuilletonnant. Un vaisseau perdu à l’autre bout de la galaxie, des ex-ennemis du Maquis forcés de cohabiter avec Starfleet, un objectif limpide, rentrer sur Terre. Sauf que cette tension a été vite neutralisée. Pour Moore, quand les membres du Maquis enfilent l’uniforme à la fin du pilote, la série perd déjà une partie de son intérêt.
Le studio voulait un successeur plus proche de The Next Generation que de Deep Space Nine. Résultat, peu de prise de risque, une identité flottante, et un turn-over de showrunners qui en dit long. Son point de rupture arrive quand il demande qui est vraiment B’Elanna Torres. On lui répond, en substance, que son passé importe peu et qu’il peut faire ce qu’il veut. Il quitte alors la série après seulement deux épisodes crédités, Survival Instinct et Barge of the Dead.
Avant ça, l’école TNG puis le virage DS9
Pourtant, Moore doit beaucoup à Star Trek. Recruté sur The Next Generation par Michael Piller après un script spéculatif, The Bonding, il impose vite une écriture plus humaine, attentive au deuil, au traumatisme, aux dilemmes. On le retrouve dans The Defector, puis dans Family ou The First Duty. Au total, 27 épisodes, jusqu’au final All Good Things, coécrit avec Brannon Braga.
Mais c’est sur Deep Space Nine que la bascule se fait. Là, la continuité compte davantage, la guerre contre le Dominion change les gens, et les idéaux de la Fédération sont testés au lieu d’être simplement affichés. La phrase de Benjamin Sisko dans The Maquis, « Il est facile d’être un saint au paradis », résume assez bien l’esprit. Avec In the Pale Moonlight, la franchise ose même des compromis moraux impensables sous Gene Roddenberry.
Battlestar reprend ces idées et les pousse plus loin
Après Star Trek, Moore rencontre David Eick sur Good vs Evil. Ensemble, ils dépouillent Battlestar Galactica de son kitsch d’origine. Les Cylons ne sont plus de simples robots rigides, mais des créations humaines, presque à la Blade Runner. Ce détail change tout, le conflit devient aussi une histoire de filiation ratée.
L’ombre du 11-Septembre traverse la série. La destruction des 12 colonies parle immédiatement au public des années 2000. Et la série n’évite pas la politique. Litmus reprend la mécanique de The Drumhead, l’enquête qui dérive en chasse aux sorcières, avec une résonance nouvelle dans l’Amérique du PATRIOT Act. Même la religion, longtemps tenue à distance par Roddenberry, devient centrale. Les Cylons sont monothéistes, et Moore dira qu’ils portent à la fois des traits d’Al-Qaïda, de l’Église catholique et de l’Amérique.
Pourquoi BSG a tenu sa promesse, là où Voyager l’avait lâchée
Le plus intéressant, c’est que BSG ressemble beaucoup à Voyager sur le principe. Un équipage isolé, un voyage vers la Terre, un univers hostile. Sauf que Battlestar accepte les conséquences. Dans 33, des civils meurent. Dans Water, l’eau manque. Boomer se révèle agent dormant, puis tire sur William Adama. Plus tard, l’alliance avec des Cylons rebelles tourne à la mutinerie.
Tout n’est pas parfait. Les révélations sur le Final Five paraissent parfois sorties d’un chapeau, et la fin, avec une Terre située dans notre lointain passé puis une ultime scène à New York, a profondément divisé. Mais même là, les personnages tiennent. Et c’est sans doute la vraie leçon de ce parcours, la SF peut rater un virage narratif, elle survit mieux quand le cœur humain, lui, reste intact.