Pourquoi Under the Skin mérite encore une adaptation fidèle

Under the SkinFilm4 / PR-ADN
Le film de 2013 a marqué la SF moderne, mais il s’éloigne fortement du roman de Michel Faber. Et c’est précisément ce qui relance le débat.
En bref
- Le film de 2013 est acclamé
- Le roman raconte une autre histoire
- Une adaptation fidèle reste possible
Le paradoxe est là. Under the Skin est déjà un grand film de SF, et pourtant le roman de Michel Faber n’a toujours pas eu sa vraie adaptation à l’écran.
Un film marquant, mais pas vraiment le livre
Sorti en 2013, le long-métrage de Jonathan Glazer avec Scarlett Johansson a laissé une trace nette. Ambiance poisseuse, malaise constant, image qui colle à la rétine. Dans cette version, Laura parcourt le nord de l’Écosse, attire des hommes isolés puis les conduit vers une maison délabrée où ils disparaissent dans une matière sombre, sans que le film n’explique vraiment pourquoi.
C’est précisément sa force, et sa limite. Glazer préfère le trouble à l’explication, avec des interactions très naturalistes obtenues via un tournage presque clandestin et l’usage de non-professionnels. Le résultat est excellent, clairement, mais il appartient d’abord au cinéaste. Pas à Faber.
Le roman va beaucoup plus loin sur le fond
Dans le livre publié en 2000, l’extraterrestre s’appelle Isserley. Elle roule elle aussi en Écosse pour piéger des hommes, sauf que cette fois on comprend progressivement la mécanique. Transformée chirurgicalement pour ressembler à une humaine, elle a été envoyée sur Terre pour capturer des hommes destinés à devenir une viande de luxe, le voddissin, consommée par les élites de son monde.
Le changement n’est pas anecdotique. Le roman renverse le regard humain sur les autres espèces, parle d’élevage industriel, de domination, et plus largement de ce qu’on inflige à ceux qui ont moins de pouvoir. Là où le film insiste davantage sur l’empathie, le désir et le lien aux autres, le livre est plus frontal, plus politique aussi.
Même l’auteur valide l’écart, sans fermer la porte
En 2020, dans un texte publié par The Guardian, Michel Faber expliquait que son roman parlait de « guerre et racisme », de l’horreur de l’élevage industriel, et de la vulnérabilité des personnes rejetées aux marges. Il ajoutait que « Under the Skin ne parle pas des maux liés au fait de manger de la viande, mais des maux liés au fait d’esquiver la responsabilité morale de nos décisions ».
Et il n’a jamais condamné le film. Dans un entretien accordé en 2014 à Gabriel Valdez, l’auteur disait même qu’une adaptation faible mais fidèle l’aurait contrarié, alors qu’une adaptation forte prenant de grandes libertés l’avait rendu heureux. Il comparait ce cas à Apocalypse Now, adaptation très libre de Heart of Darkness, qu’il jugeait « impitoyablement infidèle et pourtant fidèle à l’essence ».
Pourquoi cette histoire pourrait revenir au bon moment
Bon, c’est sans doute ce qui rend le sujet intéressant aujourd’hui. Le film de Glazer existe, il est respecté, et il n’a rien à prouver. Mais comme il a justement pris de très grandes libertés, il laisse un espace rare, celui d’une seconde adaptation qui suivrait vraiment le roman.
Vu l’état du monde et la façon dont le livre parle de responsabilité morale, une version plus fidèle ne ferait pas doublon. Elle déplacerait le centre de gravité. Et dans une SF qui cherche souvent le concept avant l’idée, ce ne serait pas du luxe.