En bref
- Steven Spielberg devait réaliser Deep Impact
- Le studio a accéléré pour devancer Armageddon
- Le premier sorti n’a pas été le plus rentable
Deep Impact aurait pu porter la signature de Steven Spielberg. Il n’en a finalement été que producteur exécutif, parce que le calendrier a pris le dessus sur l’ambition. C’est très Hollywood, au fond, un film catastrophe décidé autant par la peur d’arriver deuxième que par son scénario.
Un film pensé pour battre son jumeau au cinéma
À la fin des années 1990, les studios se retrouvent avec deux films quasi jumeaux sur la même ligne de départ. D’un côté, Deep Impact, plus grave, plus appliqué sur le plan scientifique. De l’autre, Armageddon, version gros bras et fusées signée Michael Bay. Le problème pour Richard Zanuck, producteur de Deep Impact, c’est que Disney avançait déjà sur son propre astéroïde.
Or Spielberg était pris par Amistad. Impossible de lancer assez vite Deep Impact. Zanuck a donc tranché et expliqué qu’ils ne pouvaient pas attendre, ajoutant en substance qu’ils ne voulaient pas être le deuxième film de comète à sortir. Résultat, Mimi Leder récupère la mise en scène, et le film arrive en salles environ trois mois avant Armageddon.
Un projet plus ancien et plus hybride qu’on l’imagine
Le plus intéressant, c’est que Deep Impact ne naît pas vraiment dans les années 1990. Le projet remonte aux années 1970, quand Richard Zanuck et David Brown veulent relancer When Worlds Collide, un film de 1951 réalisé par Rudolph Maté. Plusieurs plumes s’y frottent, dont Anthony Burgess et Stirling Silliphant, sans trouver la bonne formule.
Des années plus tard, Spielberg achète les droits de The Hammer of God, le roman publié en 1993 par Arthur C. Clarke, centré lui aussi sur un astéroïde fonçant vers la Terre. Les deux pistes finissent par se mélanger. En gros, le vieux remake et l’adaptation littéraire fusionnent pour donner Deep Impact. Détail qui compte, Clarke n’est pourtant pas crédité sur le film sorti en salles.
Au box-office, la stratégie a marché à moitié
Sortir avant, oui. Gagner vraiment, pas tout à fait.
Avec un budget d’environ 74 millions d’euros (80 millions de dollars), Deep Impact a rapporté près de 323 millions d’euros (349,5 millions de dollars). C’est solide. Mais Armageddon, plus cher avec environ 129 millions d’euros (140 millions de dollars), a fait beaucoup mieux, à hauteur de 512 millions d’euros (553,7 millions de dollars).
Côté critiques, les deux films se tiennent dans un mouchoir de poche. Deep Impact affiche 45 % sur Rotten Tomatoes, contre 42 % pour Armageddon. Même combat, donc, même si le film de Leder garde une tenue plus sérieuse.
Ce que ce duel raconte encore du cinéma catastrophe
C’est là que le contraste devient amusant. Le film jugé plus « classe » n’a pas laissé la plus grosse trace industrielle. Armageddon a décroché quatre nominations aux Oscars, et surtout une chanson, I Don’t Want to Miss a Thing par Aerosmith, qui a peut-être mieux survécu que le film lui-même.
Pendant ce temps, l’année 1998 retenait aussi autre chose, de Saving Private Ryan à Mulan, en passant par There’s Something About Mary, Doctor Dolittle, The Mask of Zorro et même le raté Godzilla. Du coup, le vrai sujet dépasse ces deux météorites de studio. Cette histoire rappelle surtout qu’au cinéma, arriver le premier ne suffit pas. Et que les projets de Spielberg, même abandonnés en route, continuent souvent à façonner le paysage.