Netflix a enterré ces séries fantasy trop vite, et c’est dommage

Bien avant que la fantasy TV ne se normalise, Netflix a financé cinq séries marquantes. Elles ont disparu du radar, pas de leur intérêt.

The Dark Crystal - Age of Resistance
The Dark Crystal - Age of Resistance — Netflix / PR-ADN

En bref

  • Netflix a vite oublié plusieurs belles séries fantasy
  • The Dark Crystal reste une démonstration technique rare
  • Animation, mythologie, romance, ces cinq titres tiennent encore

Pendant quelques années, Netflix a traité la fantasy comme un grand laboratoire. Beaucoup d’argent, des paris parfois très risqués, et au bout du compte un constat un peu frustrant, plusieurs séries vraiment solides ont disparu du radar alors qu’elles tiennent encore très bien aujourd’hui.

Le contraste est assez net. On retient facilement les mastodontes qui restent dans la conversation, beaucoup moins les projets qui ont vécu quelques semaines avant de se faire avaler par le catalogue. Et si vous tournez en rond en attendant autre chose dans le genre, il y a là cinq titres qui méritent clairement un retour.

Quand Netflix visait très haut dans la fantasy

Il y a eu une période où peu de plateformes mettaient autant de moyens sur ce terrain. Pas juste pour empiler des univers médiévaux, plutôt pour tester des formes, des tons et des mythologies très différentes. C’est aussi ce qui rend cet ensemble intéressant aujourd’hui, on n’a pas cinq clones, on a cinq manières de raconter l’évasion.

Une vitrine du savoir-faire visuel, du marionnettisme à l’animation

Le cas le plus impressionnant reste The Dark Crystal: Age of Resistance. Préquelle du film culte de 1982 de Jim Henson, la série suit trois jeunes Gelflings partis unir leurs clans contre les Skeksis. Elle n’a eu qu’une saison, malgré d’excellentes critiques et un Emmy. C’est dommage, parce que sa mise en scène, ses décors massifs, son design de production et surtout son travail de marionnettes donnent une ampleur rare à la télévision. Le casting vocal, de Jason Isaacs à Taron Egerton, en passant par Lena Headey et Andy Samberg, finit de vendre l’illusion.

Autre registre, Maya and the Three de Jorge R. Gutiérrez prend la forme d’une grande quête épique nourrie par les mythologies mésoaméricaines. Le voyage traverse l’Amérique latine, croise des dieux, multiplie les créatures fantastiques et s’appuie sur un casting entièrement latino. Visuellement, c’est superbe, avec un jeu sur le format de l’image qui crée par moments un effet de relief assez malin. La série pioche autant du côté de Akira Kurosawa que de l’anime, avec de l’action et des morts franchement marquantes.

Et puis il y a The Midnight Gospel, sans doute le titre le plus bizarre du lot. Imaginée par Pendleton Ward avec Duncan Trussell, la série suit un podcasteur spatial qui interviewe des habitants de mondes sur le point d’être détruits. Le vrai twist, c’est l’intégration d’enregistrements du podcast de Trussell, qui parle de mortalité ou d’angoisse existentielle. Résultat, une œuvre animée très singulière, pas juste psychédélique.

Des mondes vastes, pensés pour durer

Avec Tales of Arcadia, Guillermo del Toro lançait d’abord une aventure simple et efficace, un ado trouve une amulette et devient le protecteur du monde humain comme du monde magique. Puis l’univers s’étend, aliens, voyages temporels, dragons, jusqu’à Merlin. Ce qui tient l’ensemble, c’est la sensibilité de del Toro pour les monstres, les marginaux et les personnages qui grandissent vraiment, sur trois séries et un film. La performance d’Anton Yelchin, puis celle d’Emile Hirsch, y joue beaucoup.

Reste Shadow and Bone, adaptation des romans de Leigh Bardugo. Sur le papier, on pouvait craindre une fantasy très balisée. En pratique, le mélange entre action, romance et mythologie dense fonctionne bien. L’héroïne, cartographe discrète, découvre un pouvoir qui pourrait sauver un monde ravagé par la guerre face à un antagoniste presque immortel incarné par Ben Barnes. L’univers demande parfois un peu de concentration, presque un glossaire à côté, mais il a une vraie texture. Costumes, décors, équilibre des genres, tout ça a de l’allure.

Ce qui compte, au fond, ce n’est pas juste la nostalgie du catalogue Netflix. C’est un rappel plus large, la plateforme a déjà prouvé qu’elle savait financer une fantasy ambitieuse, très différente d’un projet à l’autre. Et quand ces séries s’effacent si vite, on perd aussi un peu la mémoire de ce que le streaming sait faire de mieux.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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